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C'était comment 2017 au cinéma?

Palmarès personnel de l’année 2017: Detroit de Kathryn Bigelow ex-aequo avec Le musée des merveilles de Todd Haynes. Detroit est un grand film éprouvant, faisant d’un fait-divers ancien (Algiers Motel, 1967) la métaphore d’une Amérique raciste, impitoyablement liguée contre sa minorité noire. Le musée des merveilles est une vibrante recherche d’identité, le diorama nostalgique et cinéphile d’un cinéaste en état de grâce.

Pour le reste, je suis moins enthousiaste ! Je vais débaptiser d’urgence ce blog pour cinéclubdeblasé.hautetfort.com ou monblogdegrossnob.com. Je ne sais pas ce que j’ai eu en 2017, j’ai eu le coup de mou, le chipotage en bandoulière (même pas capable d’adorer Au revoir là-haut !), l’enthousiasme en berne. Autant j’avais la niaque l’année dernière (Julieta ! Toni Erdmann ! Paterson ! Manchester by the sea !), autant 2017 m’a souvent déçu. Donc en cette année très hétéroclite, pas de palmarès exhaustif mais un bilan en blocs thématiques :

Marges américaines

Un corpus de films américains (sauf celui de Raoul Peck) donne toute sa place à la question raciale et aux marges de la population américaine. J’aurais adoré faire d’American Honey mon film de l’année, il n’en est pas loin, mais Andrea Arnold s’est regardée filmer une demi-heure de trop. Son film est néanmoins passionnant sur de jeunes vendeurs pauvres parcourant l’Amérique. Il m’a beaucoup touché tout comme Moonlight de Barry Jenkins, poignante recherche identitaire d’un jeune noir gay. Sa mise en scène est un peu trop clinquante mais c’est un très beau film. The fits d’Anna Rose Holmer aborde d’une façon gracieuse le passage de l’état de jeune fille à celui de femme. Il magnifie les corps des jeunes filles noires prises d’incompréhensibles vertiges. Loving de Jeff Nichols est un agréable mélodrame classique où l’amour est plus fort que le racisme. Plus politiques sont I am not your negro, hommage à la parole de James Baldwin et l’excellent Detroit de Kathryn Bigelow, très âpre, très violent, qui dénonce la répression policière à l’encontre des noirs. On a parlé de complaisance sadique sur le sujet, à chacun de juger ce film que j’ai trouvé très puissant. J’ajoute Get out de Jordan Peele: ce film de genre jouant sur les clichés racistes a résisté à un second visionnage. Je l’avais qualifié de Sous-Scream facile, je retire cette critique hâtive.

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Les réalisations virtuoses

Attention dans cette catégorie nous avons des maîtres filmeurs, des rois de l’exercice de style, des Mozart de la caméra (et probablement as du melon). Hélas l’émotion n’est pas toujours au rendez-vous. Remarque assez juste d’un voisin : Dunkerque de Christopher Nolan, c’est très virtuose mais il n’y a pas de personnages et quand pas de personnage pas d’émotion. Je suis basique comme lui. Faute d’amour de Zviaguintsev est un film artistement réalisé, mettant en scène des humains grandement détestables. J’ai donc été petitement ému mais le portrait effrayant de la Russie demeure mémorable. Avec Jackie de Pablo Larrain j’ai vu la plus belle performance dramatique de l’année : Natalie Portman est bouleversante. Dans la forme, le film est réfrigérant comme un bloc de banquise (la musique de Mica Levi !). Dans La la land, Damien Chazelle se présente en héritier de Jacques Demy et de Stanley Donen mais Emma Stone danse comme une patate et la bande originale est faiblarde. Le film n’est donc pas un nouveau Singing in the rain. Mais cette histoire d’un amour raté, qui se charge progressivement d’amertume, est plus profonde qu’elle n’en a l’air. Avec It’s a beautiful day et Thelma, Lynne Ramsay et Joachim Trier ont créé deux œuvres d’une belle sophistication visuelle mais l’une a travaillé un scénario minimaliste très nébuleux, l’autre a suivi un chemin scénaristique très alambiqué. Il a manqué quelque chose.

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Jeunesses françaises

Groupe de films un peu restreint qui hélas n’inclut pas Jeune fille de Léonore Séraille, loupé à plusieurs reprises. Le jeune français, qu’il soit apprenti vétérinaire (Grave), petit paysan ou malade du SIDA (120 battements par minute), est en grande souffrance. Le jeune souffre, c’est bien connu. Dans tous les cas, j’ai été secoué et souvent ému par des films mettant en scène des personnages en pleine entrée dans le monde adulte. Grave (Julia Ducournau) et son apprentie vétérinaire se découvrant cannibale est inégal et un peu décousu mais recèle des moments gore très destabilisants. Dans un registre ultra-réaliste, Hubert Charruel, à travers la figure juvénile de Swan Arlaud, nous annonce la disparition d’un monde dans Petit paysan. Quant à 120 battements par minute, c’est le film qui m’a le plus ému en 2017. Film de l’année ? Robin Campillo n’est pas un grand manieur de caméra... Nahuel Perez Biscayart gagne en tout cas mon César de révélation de l’année.

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Grosses déceptions

Il est sans doute injuste de placer The lost city of Z dans cette catégorie mais je le fais car James Gray ne m’a pas captivé avec son histoire d’explorateur, hélas. Dans cette catégorie figurent des films très ambitieux qui pour moi se vautrent : dans l’intrigue simpliste et les personnages débiles (Alien covenant), dans les méandres obscures du nationalisme corse (Une vie violente), dans les lenteurs pompeuses du remake sous sédatif (Blade Runner 2049), dans une insipide mélasse pixellisée (Ghost in the shell), dans les torrents de poésie parfumés au Calvin Klein (Song to song). Avec Silence, Martin Scorsese m’a frustré : quel récit doloriste et pesant ! Je n’ai aucune envie de revoir Andrew Garfield souffrir le martyr ! Cette année, Michel Hazanavicius et surtout Mathieu Amalric m’ont laissé froid. Malgré l’excellente interprétation de Louis Garrel, Le redoutable est amusant mais anecdotique et longuet. Barbara vaut surtout pour la prestation étincelante de Jeanne Balibar, pour le reste le regard béat d’Amalric sur la chanteuse m’a agacé. Quant à la Palme d’or, The square, elle ricane toute seule pendant 2H30 mais ne m’amuse pas du tout.


Les bons films

Comme chaque année, il y a eu des productions qui m’ont donné du plaisir. Citons L’autre côté de l’espoir (Kaurismaki), Planète des singes suprématie (Reeves), Que dios nos perdone (Sorogoyen), Le Caire confidentiel (Saleh), Jours de France (Reybaud), L’amant double (Ozon), Le vénérable W (Schroeder), Borg/McEnroe (Pedersen), Seule la terre (Lee), Good time (Safdie)…

Ce que j’ai loupé mais la VOD fera le reste : Mother (Aronofsky), Jeune fille (Seraille), Le sens de la fête (Nakache & Toledano), Logan Lucky (Soderbergh), Mise à mort du serf sacré (Lanthimos), Un beau soleil intérieur (Denis).

 

Quelques prix :

Prix du réalisateur dont les films te permettent d’avoir des conversations enrichissantes avec des inconnus sur Facebook : Raoul Peck (I am not your negro & Le jeune Karl Marx)


Prix du film bien fait, pas désagréable qui ne vaut pas toute la hargne qu’il a suscité : Les proies (Sofia Coppola)


Prix « Olivier Gourmet » de l’acteur couteau-suisse (couteau-belge ?) que tu as l’impression de voir partout, dans des rôles très différents : Olivier Gourmet (Le jeune Karl Marx)


Prix de l’actrice tellement époustouflante dans son rôle qu’elle te fait oublier que tu te fous totalement de Jackie Kennedy : Natalie Portman (Jackie)


Prix du film qui t’a tellement ému que même les critiques sur la mise en scène n’arrivent pas à te faire changer d’avis : 120 battements par minute (Robin Campillo)


Prix du film malsain et un peu gerbant qui t’a fait sentir que la salle du MK2 dans laquelle tu l’as vu était surchauffée : Grave (Julia Ducournau)


Prix du classique découvert récemment, tellement aimé que tu voudrais que tout le monde le voit :
Monika (Ingmar Bergman)

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