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Petit paysan (Hubert Charuel)

Si la France est une puissance agricole, est-elle encore une nation paysanne ? Le temps d’un salon de l’agriculture, les Français se plaisent à idéaliser la campagne, à emmener leurs enfants caresser veaux, chevreaux et porcelets. Ils rêvent de paysans attachés amoureusement à leurs bêtes et à leurs cultures, préservant les terroirs de notre beau pays. Or, ce que nous montre sur le monde agricole Petit Paysan d’Hubert Charuel est beaucoup plus triste et inquiétant que les gentilles images du JT de TF1 de Jean-Pierre Pernaud. Ce film n’est pas un documentaire même s’il en a la rigueur, c’est une fiction concise et impeccablement écrite sur le drame d’un jeune éleveur, Pierre (Swann Arlaud) dont une vache est atteinte par une maladie infectieuse, réminiscence ô combien tragique pour le monde agricole de la maladie de la vache folle.

La qualité de concision du scénario écrit par Hubert Charuel, fils d’agriculteurs et connaissant donc ce milieu, est de brosser en quelques scènes sobres son héros, Pierre, et de faire surgir très vite la maladie, FHD, qui menace son exploitation. En suivant Pierre dans sa lutte pour préserver son troupeau, il fait œuvre de documentariste sur l’activité d’éleveur et en même temps construit un récit à suspense tendu et inquiet. Le réalisme de l’histoire nourrit le drame de Pierre qui est le drame de tous ces « petits paysans », gens compétents mais pas assez gros pour survivre.

Un monde orwellien

Côté documentaire, tout sonne juste. Le métier a beau dater de la nuit des temps, les agriculteurs exercent aujourd’hui une activité d’une haute technicité. Les jeunes exploitants sont connectés et formés à l’usage d’un matériel moderne. Cette omniprésence de la technique permet au réalisateur de poser un regard novateur et rare sur le métier de paysan. Quelques gestes et usages du passé subsistent comme de faire naître un veau ou d’appeler les bêtes par des noms. Le terme de « paysan » sonne toutefois ironique pour des travailleurs environnés de machines. Cela fleure bon la nostalgie alors qu’en 1H30 très denses le monde agricole nous est dépeint comme un monde orwellien. L’étable résonne de bruits industriels oppressants qui alimentent le stress de l’éleveur. Mais ce stress est encore nourri par le contrôle systématique que la société exerce sur le monde agricole. Contrôles vétérinaires, contrôles de qualité, que double un contrôle des pairs observant ce qui se passe chez le voisin. On décrit un monde où faire disparaître une vache tient de l’exploit tant les activités sont tracées ! L’angoisse se lit sur le visage de Swann Arlaud qui progressivement se tend, se ride, perd de son insouciance. Le montage du film est serré, laisse peu de place à des temps morts. Quelques rares plans larges comme des tableaux saisissent la tragédie en cours.

Quelques moyens pour résister

La fréquentation de Youtube et de quelques sites web permet à Pierre de s’informer de la progression de la FHD. C’est comme cela qu’il connaît Jamy (Bouli Lanners), un éleveur belge qui a perdu ses bêtes à cause de la maladie. Par le biais du net, Charuel permet à son histoire de progresser et de respirer. Il donne à son petit paysan quelques moyens d’action pour résister. Néanmoins on reprochera au film de ne pas explorer les possibilités de résistance collective, de ne pas sembler y croire. Les paysans comme Pierre sont seuls pour se défendre. Que cela vienne de la boulangère ou des vétérinaires, les remarques traduisent la méfiance ou le mépris social qu’ils inspirent. Quelques scènes habilement dialoguées explorent la relation entre Pierre et sa sœur vétérinaire (Sara Giraudeau), ses parents ou ses amis. Elles permettent un éclairage psychologique et naturaliste sur ce microcosme qu’est devenu le monde rural.

La question est posée par le film, franche, nette : la société moderne veut-elle encore de ses paysans ? Hubert Charuel ne fait pas mystère de la réponse. Cela se voit en un plan simple : l’homme sera de plus en plus séparé de la bête, l’élevage modeste du petit paysan condamné à céder à la place aux « Fermes des mille vaches » robotisées, ce que tout le monde sait très bien.

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