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Ma vidéothèque idéale: Fat city, ode aux perdants

S’il fallait citer un hommage cinématographique aux perdants, ce serait Fat city (1972) de John Huston. Encore un film de cette époque qui parle de petits, de paumés et qui le fait très bien. Un film d’autant plus touchant à voir que c’est un film de boxe. Le film de boxe, c’est souvent l’histoire d’une ascension, from rags to riches, comme disent les américains. Tel Rocky Balboa ou Miky Ward (the fighter), ils n’ont rien ou plutôt ils ont tout contre eux : le sort qui s’acharne, la pauvreté, les mauvaises fréquentations etc. Mais à la fin il y a l’ultime combat, le triomphe, débouchant sur le rêve américain : amour, richesse, gloire. De fait, les films de boxe racontent toujours des victoires sur la fatalité.

Récolter des gnons et des oignons

Ici, rien de tout ça. A Stockton, Californie, on ne rencontre que des perdants. Les premiers plans du film, dans la rue, nous montrent ceux du rêve américain. Marginaux, poivrots, vieux, latinos, noirs et puis, perdants parmi les perdants, des blancs qui ont l’air encore plus paumés que les autres. Billy Tully (Stacy Keach) est un ancien boxeur prometteur qui a sombré dans l’alcool suite à un divorce. Ernie Munger (Jeff Bridges) est un futur champion qu’on ne voit jamais gagner. Apparaît aussi Oma, un pilier de bar interprété par la très expressive et assez extraordinaire Susan Tyrell. Oma fréquente des hommes de couleur, ce qui apparaît pour une femme blanche comme un signe de déchéance au vue des préjugés de la société américaine. On ne voit dans ce film aucun personnage ayant réussi. Si la boxe a une fonction dans Fat city, c’est de métaphoriser l’existence. On est seuls face à l’adversité et on passe son temps à encaisser des gnons. On se relève et on en prend encore plus dans la tronche. A lire ce résumé, on imagine un film déprimant mais pas du tout. Il y a une douce mélancolie, portée par la belle chanson de Kris Kristofferson « Help me make it through the night » (Yesterday is dead and gone / And tomorrow's out of sight / Lord, it's bad to be alone / Help me make it through the night) mais aussi beaucoup d’humour car ce petit monde se raconte des histoires. Billy dit qu’il va bientôt reprendre la compétition mais en attendant il récolte les oignons avec les noirs et les migrants latinos. Ernie est poussé par ses managers, deux mexicains qui rêvent de grandes victoires et de champions mais eux-mêmes n’arrivent pas à grand-chose. Il y a une scène qui fait tout le sel du film, quand Buford (Wayne Mahan), un jeune boxeur aux dents longues répète qu’il va écraser son adversaire, qu’il n’y a que la volonté qui compte. La séquence suivante, où on le voit tout penaud, le visage tuméfié est hilarante.

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« Nous sommes tous heureux, non ? »

Fat city est un film titubant entre tristesse et humour. Titubant comme le boxeur qui s’est pris une méchante droite. Titubant comme Billy Tully dans ses virées alcoolisées. Le film passe cahin caha d’un personnage à l’autre. Il ne raconte rien, ni montée fulgurante, ni descente aux enfers. Les personnages sont comme englués dans leurs vies. Ils ont beau ne pas gagner ni posséder grand-chose, Huston arrive à les montrer attachants, émouvants. Malgré leurs échecs, ils sont sans amertume et gardent des rêves, des espoirs. « nous sommes tous heureux, non ? » dit Billy Tully à Ernie, dans la très belle séquence de fin. Son regard perdu en dit long sur ce qu’il en est…

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