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Une vie violente (Thierry de Peretti)

C’est parce qu’on ne connaît rien du nationalisme corse et de son histoire récente qu’on se précipite en salle pour voir Une vie violente de Thierry de Peretti. Sur une décennie, le film raconte le parcours militant et violent de Stéphane (Jean Michelangeli), jeune bourgeois qui voue sa vie à la cause nationaliste. Il y a une double promesse sur fond de saga criminelle : documenter des événements récents et une histoire particulière très mal connue, celle de la Corse, comprendre et s’identifier à une jeunesse proche de nous qui a choisi un parcours radical. Malgré son ambition et sa conclusion plutôt réussie, Une vie violente est hélas une déception.

Pas de jugement hâtif sur les talents de metteur en scène de Thierry de Peretti car je n’ai pas vu son film précédent, les Apaches. Cela dit, la première moitié du film ne plaide pas en sa faveur. Stéphane est à Paris, hébergé par un proche. Il reçoit un appel l’informant de la mort de son ami Christophe. Un flash-back commence, retraçant l’histoire de Stéphane à partir de la fin de ses études, comment lui et ses amis se sont rapprochés de la mouvance nationaliste, comment cette mouvance a agi et coexisté avec des forces mafieuses insulaires. Cette exposition se fait en une suite laborieuse de scènes bavardes, mal reliées entre elles par des sauts elliptiques. Hormis notre jeune héros, les personnages sont faiblement caractérisés et on a du mal à comprendre leur importance dans le contexte historique. On rencontre en prison François, Marc-Antoine et on devine que ce sont des nationalistes. On voit les amis de Stéphane et on devine leur proximité avec la délinquance. Mais les nombreux discours sur la Corse, sur l’identité bafouée par la France, sur leur combat, peinent à nous faire saisir qui sont vraiment les acteurs du nationalisme corse, ce qu’ils représentent pour les habitants, pourquoi leur lutte se renforce à ce moment précis (fin des années 90 ?). Dans cette succession confuse de scènes explicatives, le réalisateur ne parvient pas à faire souffler le vent d’une histoire plus large. Il manque à Une vie violente une dimension opératique. La Sicile est évoquée en comparaison de la Corse mais il ne vaut mieux pas aller du côté des grands raconteurs que sont Coppola (Le parrain) ou Scorsese (Les affranchis) qui eux ont été capables de mettre en scène de grandes sagas viriles circonscrites à une communauté particulière, la mafia. Une vie violente ne peut pas non plus prétendre à la comparaison avec un film correct comme Romanzo criminale qui nous raconte une saga criminelle bien reliée à l’histoire italienne. Le film manque de repères historiques à part sa bande son et ses références musicales (Nirvana, The Brianjonestown massacre...). A l’appui de ma démonstration sur le déficit d’épaisseur documentaire et romanesque du film, il y a un moment une scène dans une boîte de nuit où se mêlent nationalistes corses, personnel politique local et hommes de Paris (Stéphane parle de quelqu’un de la DGSE). Il ne ressort rien de cette séquence filmée sans relief si ce n’est que  tout le monde se fréquente. C’est un peu à l’image du film : on comprend que la situation locale est très compliquée, que nationalisme et criminalité sont dans des rapports ambigus de mélange et de confrontation mais on n’arrive jamais à saisir l’importance de tout cela. On a l’impression que ce sont de micro-histoires et comme les personnages sont peu caractérisés pendant la majeure partie du film, on se fiche un peu de leurs mésaventures. Le cinéaste essaie bien de nous intéresser aux petites copines des nationalistes mais l’enjeu (rester en couple ou pas) ne va pas bien loin.

On me rétorquera qu’Une vie violente, titre au singulier, s’attache au parcours singulier d’un homme, Stéphane. C’est vrai et heureusement que le scénario, coécrit par de Peretti, approfondit ses enjeux personnels dans la dernière demi-heure. Un éclairage sur la mère de Stéphane, sur le rôle des femmes, sur la fatalité qui pèse sur des générations de jeunes hommes, donne soudain une profondeur tragique à un film qui peinait à montrer quelque chose de stimulant. C’est le moment clé où le destin particulier de Stéphane se comprend enfin dans une dimension collective, où lui-même prend conscience de la fatalité qui pèse sur ses épaules. Il aura fallu plus d’1H30 pour que le film montre cela. Le repas entre femmes, qui dure quelques minutes, nous en dit bien plus sur la Corse que la majorité de ce film manquant de lisibilité et d’énergie romanesque. Le sujet est intéressant (comme tout sujet !) mais il aura manqué un souffle et une grande mise en scène au service de l’ambition de Thierry de Peretti.

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