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The lost city of Z (James Gray)

Décidément, je m’attendais à beaucoup mieux concernant The lost city of Z. James Gray a beau être un admirateur de Coppola, il n’arrive pas à insuffler la même puissance romanesque dans son cinéma. A part Two lovers que j’avais placé très haut – Joaquin Phoenix y est excellent – je continue à voir en James Gray un bon réalisateur mais possédant un talent de réalisation moindre que ses maîtres. The yards ou We own the night, c’était pas mal mais c’était comme du Sydney Lumet… en moins bien.

Gloire virile

Et pourtant la grandiose séquence de chasse du début vous pose un personnage. Montée dynamiquement, alternant plans aériens et rapprochés, elle décrit mieux qu’un discours ce qu’est un aventurier. Percival Fawcett, joué par Charlie Hunnam, est un homme déterminé et courageux. Ce militaire aguerri sait prendre des chemins où les autres ne s’aventurent pas. Mais il y a le plafond de verre de la naissance s’opposant à la valeur intrinsèque. Le film fera le portrait d’un homme obligé de se dépasser pour briser les déterminismes sociaux. Fawcett s’engage dans une mission cartographique en Amazonie qui va faire de lui une légende en Angleterre. Le film décrit ses trois voyages à la recherche d’une cité mythique (Z).  Le portrait de Percy comme celui de son épouse Nina (Sienna Miller), obligée de se sacrifier pour lui, est l’aspect le plus réussi du film. Sous le patronage poétique de Kipling cité dans le film, l’explorateur vise sa gloire personnelle et un idéal de dépassement. Le scénario écrit par Gray rend bien l’enjeu de gloire virile cherché par Fawcett. Les femmes comme Nina tapent à la porte de l’aventure. La boucherie de la Première Guerre Mondiale mettra à mal la virilité de toute une génération d’hommes. A côté de la cause des femmes, c’est celle des indigènes aussi qui ébranle l’hégémonie de l’homme blanc. En prouvant l’existence d’une civilisation brillante à l’emplacement de la cité de Z, on contredit la certitude que la civilisation est née en Europe, on élargit la connaissance humaine. Percy Fawcett devine que sa quête personnelle est dépassée par des enjeux plus grands que lui. La beauté du personnage est dans l'acceptation de ce constat et la volonté de transmettre son désir de savoir à son fils.

Au cœur des ténèbres

Hélas, non seulement The lost city of Z n'est pas formellement à la hauteur de son discours humaniste mais il souffre de la comparaison avec de prestigieux modèles. Sa mise en scène n’est pas aussi ample que celle des films de David Lean – on pense beaucoup à Lawrence d’Arabie. Son récit n’a pas la profondeur métaphysique d’Aguirre ou la colère des dieux d’Herzog ou d’Apocalypse now de Coppola. Les trois voyages du film se succèdent de manière linéaire,  sans réelles surprises. Le premier voyage de Fawcett enfilant tous les clichés, est complètement bâclé. La chaleur, les maladies, l’hostilité des indiens, on a vu ça si souvent. La révélation de la civilisation indienne aussi. Il faut voir ce que Ciro Guerra réalise dans l’Etreinte du serpent : un dialogue envoutant avec une autre civilisation, ce que The lost city of Z ne fait qu’effleurer. Les films d’exploration ont en commun de plonger l’explorateur dans un état de désorientation métaphysique. L’aventure matérielle se convertit en aventure spirituelle. L’explorateur est mis à nu, déshabillé de ses certitudes. Que ce soit dans le romanesque pur ou la quête spirituelle, le film de Gray m’a paru assez timoré et sa mise en scène peu inventive - la séquence des tranchées par exemple: filmée sans aucune dynamique. Et puis il y a cette photographie du prestigieux Darius Khondji (Delicatessen, Seven). On a l’impression que l’image, sur-contrastée, est barbouillée de peinture métallisée.  Le film est pris dans un maquillage qui nous signifie en permanence qu’on est « au cœur des ténèbres ». Par moment c’est très moche. Rien de grandiose donc dans ce film qui peine à s’affranchir de modèles plus aboutis.

Je comprends les fantasmes des cinéphiles entourant le cinéma de James Gray. Il a peiné à trouver les financements. Il a un amour du cinéma à l’ancienne et une ambition égale à celle des cinéastes du Nouvel Hollywood. Mais The lost city of Z est juste décevant, valant plus pour ses personnages que pour ses péripéties. J’attends toujours le premier grand film de l’année 2017.

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