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Ciné-club ambulant, voyage en cinéphilie - Page 12

  • Cinéclub : La Religieuse (Jacques Rivette)

    « J’oubliais de vous dire que je vis mon père et ma mère, que je n’épargnai rien pour les toucher, et que je les trouvai inflexibles. Ce fut un M. l’abbé Blin, docteur de Sorbonne, qui m’exhorta, et M. l’évêque d’Alep qui me donna l’habit. Cette cérémonie n’est pas gaie par elle-même ; ce jour-là elle fut des plus tristes. Quoique les religieuses s’empressassent autour de moi pour me soutenir, vingt fois je sentis mes genoux se dérober, et je me vis prête à tomber sur les marches de l’autel. Je n’entendais rien, je ne voyais rien, j’étais stupide ; on me menait, et j’allais ; on m’interrogeait, et l’on répondait pour moi. Cependant cette cruelle cérémonie prit fin ; tout le monde se retira, et je restai au milieu du troupeau auquel on venait de m’associer. Mes compagnes m’ont entourée ; elles m’embrassent, et se disent : « Mais voyez donc, ma sœur, comme elle est belle ! comme ce voile noir relève la blancheur de son teint ! comme ce bandeau lui sied ! comme il lui arrondit le visage ! comme il étend ses joues ! comme cet habit fait valoir sa taille et ses bras !… » Je les écoutais à peine ; j’étais désolée. »

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  • Songbird (Andrew Mason)

    Voici une série B américaine qui nous parle d’un futur très proche et déjà familier. Le monde est confiné depuis quatre ans, sous la menace du Covid-23 qui fait bien plus de morts que le virus d’aujourd’hui. Les personnes contaminées sont envoyées de force en quarantaine dans des camps. Un film de plus dans ce registre post-apocalyptique qui a produit bien des œuvres cultes ou de solides divertissements. Parmi ces derniers, on pense par exemple à Seven sisters de Tommy Wirkola, qui évoque un monde surpeuplé dans lequel on interdit aux couples d’avoir plus d’un enfant et on se débarrasse de la progéniture en surplus. On voit que les menaces sanitaires, écologiques ou technologiques sont omniprésentes dans l’imaginaire collectif. La société capitaliste guette avec angoisse son propre effondrement et ses possibilités de survie.

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  • Ma vidéothèque idéale : Votez McKay (Michael Ritchie)

    2022 approche et la France va plonger dans la frénésie d’une campagne présidentielle. Avec leur lot de reportages et de débats de plateau, les élections dans une démocratie moderne sont un objet à ce point télévisuel qu’on compte sur les doigts d’une main les œuvres cinématographiques sur la conquête électorale. On en trouve moins que de films sur l’exercice du pouvoir mais on en trouve quelques-uns : je pense à la Conquête (Xavier Durringer), Les marches du pouvoir (George Clooney), Bob Roberts (Tim Robbins) ou Primary colors (Mike Nichols). Ce sont des fictions assez réussies, on peut leur préférer l’exercice documentaire, comme 1974, Une partie de campagne sur l’élection de Valéry Giscard d’Estaing. Et puis, il y a ce film de 1972 porté par Robert Redford, The candidate, Votez McKay en version française, qui conjugue les qualités du documentaire et de la fiction et qui est sans doute le plus convaincant dans le domaine. C’est le seul que je connaisse de Michael Ritchie, réalisateur dans les années 70-80, de bonne réputation si on jette un coup d’œil à sa filmographie.

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  • Eva en août (Jonas Trueba)

    Contrairement à Delphine, l’héroïne du Rayon vert de Rohmer, l’Eva de Jonas Trueba (Itsaso Arana) décide en cet été 2018 de se fixer quelque part. Alors que la première ne cesse de changer de destination de vacances, la seconde reste à Madrid pendant la première quinzaine d’août. Installée dans un appartement prêté par un ami, Eva assistera aux fêtes populaires, aux célébrations de San Caetano, San Lorenzo et de la Vierge de Paloma. Le rapprochement entre Rohmer et Trueba est évident : les deux héroïnes solitaires cherchent quelque chose de l’ordre de l’épiphanie. Leurs quêtes invoquent le surnaturel, un mystérieux rayon vert pour l’une, la lune et les astres pour l’autre. Néanmoins, le film de Rohmer est dans mes souvenirs plus terre-à-terre, Delphine est une velléitaire cherchant dans la rencontre estivale un bonheur qui la fuit. Eva est cette virgen de agosto (titre original), cette vierge d’août décidée à enfanter quelque chose.

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  • Cinéclub : Poetry (Lee Chang-dong)

    Chercher un sens à donner à un monde incompréhensible, c’est ce que j’avais noté dans ma critique de Burning, le dernier film du coréen Lee Chang-dong. A y repenser, malgré ses beautés innombrables, ce film trop sophistiqué avait gardé pour moi un côté hermétique. Il m’avait perdu dans ses méandres autant qu’il perdait son « héros ». Poetry, film de 2010, est à l’image du fleuve qui coule en son début, son récit est plus fluide mais il porte le même besoin de trouver un sens au monde. Ce besoin se fait d’autant plus prégnant que l’eau charrie le cadavre d’une adolescente suicidée. Comment peut-on mourir à cet âge-là ?

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  • Cinéclub : L’ange de la vengeance (Abel Ferrara)

    L’Abel Ferrara que je connais très imparfaitement est ce cinéaste new yorkais fréquentant les festivals au bras d’Asia Argento ou Béatrice Dalle, révéré pour The King of New York, Bad Lieutenant ou Nos funérailles. Ce n’est pas usurpé : Bad Lieutenant me procure à chaque vision une dose de stupéfaction, merci Harvey Keitel. La drogue, la noirceur, la rédemption, l’imagerie catholique, d’accord mais Ferrara c’est presque une trentaine de films depuis 1976. Son premier long métrage est un film X (9 Lives of a wet pussy), son deuxième (The driller killer) est considéré comme un mélange de comédie et de slasher movie. Le troisième est cet Ange de la vengeance, petit objet fascinant d’1H17 qui synthétise parfaitement le côté impur de ce cinéaste à mi-chemin entre série B violente, réalisme et flashs esthétiques.

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