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Un vivarium est par définition un espace vitré aménagé pour conserver et montrer de petits animaux vivants (insectes, reptiles, etc.) en reconstituant leur milieu naturel. Le vivarium filmé de l’irlandais Lorcan Finnegan s’applique aux humains. C’est un milieu artificiel pourvu de tout ce qu’il faut à une famille pour survivre (nourriture, mobilier, vêtements) mais dont elle ne peut s’échapper. Sans savoir pourquoi, Tom (Jesse Eisenberg) et Gemma (Imogen Poots) se retrouvent prisonniers d’un ensemble pavillonnaire nommé Yonder. Le jeune couple cherchait sa première maison, un étrange agent immobilier les abandonne dans cet endroit à l’aspect artificiel.
En rattrapant en VOD ce film brésilien sorti au cinéma en 2019, je réalise avoir manqué une très belle expérience sur grand écran. Karim Aïnouz a non seulement réalisé un drame émouvant et lucide mais aussi rempli de beauté et de sensualité. Ajoutons que le scénario a été adapté d’un roman de Martha Batalha, Les mille talents d'Euridice Gusmao, plutôt apprécié par la critique et que le film a reçu en 2019 le prix Un certain regard, qui récompense souvent de très bons films (Elena de Zviaguintsev, White god de Mundruczo…).
On se plaint du peu de films intéressants en cette période post-confinement mais on a la chance de découvrir Elephant Man sur grand écran, 40 ans après sa sortie. Je ne l’avais vu qu’à la TV et je mesure la chance de regarder le deuxième film de David Lynch dans une copie restaurée 4K de toute beauté, magnifiant le noir et blanc du chef opérateur Freddie Francis. Mes souvenirs se rattachaient à des moments déchirants, de pure mélodrame, mais l’histoire de John Merrick, être difforme découvert dans un cirque ambulant, est autrement plus riche et bouleversante qu’un spectaculaire tire-larme.
L’histoire, tirée du livre biographique de Frederick Treves, est véridique. C’est en 1884 que le Dr Treves (Anthony Hopkins) découvre « l’homme éléphant », dénommé John Merrick (John Hurt) dans une foire de Londres. Il est exploité par Bytes (Freddie Jones) qui l’exhibe à un public friand de sensations bon marché. Treves est fasciné par les déformations corporelles de cet homme, et l’emprunte à Bytes pour les besoins de son séminaire d’anatomie. Mais ce qui ne devait être qu’un monstre, sans doute idiot, n’est-il pas un être humain sensible et intelligent ?
On sort du confinement comme on y est entré, bombardé de news et de théories trop belles (ou laides) pour être vraies. La vérité nous échappe d’autant plus que chacun se donne le droit d’établir sa version arrangée, ses « faits alternatifs » comme dit Kellyanne Conway, la conseillère de Donald Trump. Les mensonges d’Etat voisinent avec les manipulations de lobbies et d’individus de toute sorte.
En cette rentrée cinématographique, on constate que le thème de la recherche de la vérité obsède beaucoup de cinéastes. Après Dark waters de Todd Haynes, on se déconfine pour aller voir deux films à la suite : L’Ombre de Staline d’Agnieszka Holland puis Canción sin nombre de la péruvienne Melina León. Ces deux films sont ancrés dans des moments historiques clairement définis. Celui de la réalisatrice polonaise se déroule en 1933, dans l’URSS de Staline. Le film péruvien revient lui en 1988 dans un pays terrorisé par la guérilla du Sentier Lumineux. Il est intéressant de voir dans les deux films une mise en avant de la figure du journaliste, héros de la vérité. Gareth Jones (James Norton) part pour l’URSS dans l’idée d’interviewer Staline mais surtout pour comprendre d’où vient le décollage économique du pays, qui lui paraît factice. Dans Canción sin nombre, Pedro Campos (Tommy Parraga), journaliste à la Reforma, enquête sur la disparition massive de nouveaux nés. De jeunes mères indigènes se sont fait voler leurs bébés dans des cliniques itinérantes. Personne ne sait ce que deviennent les enfants.
Il m’est difficile d’avoir un avis tranché sur la filmographie de Georges Lautner. Ayant consommé du Bebel dans mes jeunes années, je lui dois de divertissants mais peu grandioses moments de cinéma sur petit écran : Le professionnel, Le guignolo ou Flic ou voyou ! Joss-Belmondo de retour du Malagawi (!!!), affrontant l’affreux Rosen-Robert Hossein sur fond de Chi mai d’Ennio Morricone (la musique de la publicité Royal Canin), c’était du ciné virile et efficace mais pas très subtile. Lautner est un cinéaste populaire à qui on doit les audiarderies « cultes » Tontons flingueurs, Barbouzes ou Ne nous fâchons pas - que je n’aime pas beaucoup. On pourrait citer aussi tous ces films avec Mireille Darc en vedette (Laisse aller… c’est une valse !, La grande sauterelle…) ou la série des Monocle. Dans cette filmographie populaire, je retiens deux vrais bons films découverts récemment : Mort d’un pourri (1977) avec Alain Delon et Le Septième juré (1962) avec Bernard Blier.
A mes yeux de cinéphile, Todd Haynes a le privilège de faire partie d’une caste dorée, celle des quelques réalisateurs américains qu’on peut qualifier sans rougir d’auteurs. Un auteur marquant à côté de quelques autres de sa génération (Paul Thomas Anderson, les frères Coen, Jarmush, Wes Anderson, Tarantino, Van Sant). Sa filmographie se distingue par sa sophistication esthétique et son sens de la reconstitution, évidents dans des films comme Carol, Loin du paradis ou Le musée des merveilles. J’avais été touché aussi par Velvet Goldmine, déclaration d’amour au glam rock de David Bowie et Roxy Music.
D’un point de vue thématique, Haynes est un cinéaste des identités multiples et contradictoires, ses personnages ont plusieurs visages comme Bob Dylan dans I’m not there (incarné par cinq acteurs différents) et des déchirements comme Carol, à la fois épouse modèle et lesbienne. Haynes est un auteur typiquement américain en ce qu’il utilise des images fortement reconnaissables et stéréotypées de son pays (l’Amérique des années 50 par exemple) pour mieux en explorer les failles et les tourments. Dark Waters a été considéré à sa sortie comme un film insolite dans son œuvre. C’est un film dossier basé sur des faits réels mais qui reste fidèle à ses préoccupations. Rob Bilott, incarné par le toujours bon Mark Ruffalo, est un personnage typiquement « haynesien ». Cet homme devait suivre un destin déjà écrit avant de dévier de sa trajectoire.