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Ciné-club ambulant, voyage en cinéphilie - Page 10

  • Elvis (Baz Luhrmann)

    Tout simplement Elvis, sans le nom de famille dans le titre, comme pour dire son affection. Pour le réalisateur Baz Luhrmann, le chanteur mythique de la culture populaire a tellement aimé la scène et le public qu’il était légitime de lui rendre cet amour. En 2H39 donc le cinéaste australien livre un portrait positif et généreux de l’idole, de son éclosion jusqu’à sa mort. Elvis est dépeint comme un être bon et innocent, détruit par la cupidité de son agent le Colonel Parker. Derrière l’artiste solaire sur scène, joliment incarné par un Austin Butler à la face angélique, magouille une grosse limace doucereuse, habilement jouée par Tom Hanks. Le film est donc marqué par la dualité entre deux corps qui se complètent plus qu’ils ne s’affrontent : le corps juvénile et débordant d’énergie du performer, le corps lent et boursouflé du businessman.

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  • Cinéclub : Redacted (Brian De Palma)

    Décrit à sa sortie en 2007 comme un brûlot contre la Guerre du Golfe, Redacted a sans doute bénéficié de la mansuétude de la critique française. Hélas pour ceux qui aiment l’œuvre de De Palma, cela fait depuis plus de 20 ans (depuis Snake eyes ?) que le cinéaste a perdu de son lustre. Servi par des acteurs inconnus, assez démonstratif, Redacted tente à la fois la description objective d’une réalité écœurante et la mise à nu du concept de vérité dans nos sociétés gavées d’images. Le titre signifie « caviardé », expression désignant ces rapports raturés de l’armée américaine passant sous silence les bavures et exactions à l’encontre de la population irakienne. Par le biais des images, il s’agit de montrer une vérité étouffée, déformée, que personne n’a envie d’entendre : comment des soldats US en garnison à Samarra, Irak, ont violé une fille de 15 ans puis l’ont exécutée avec le reste de sa famille.

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  • Tromperie (Arnaud Desplechin)

    Les interviews à propos de Tromperie permettent à Arnaud Desplechin d’avouer sa dette envers l’écrivain américain Philip Roth. L’œuvre de Roth, que je connais très partiellement (Portnoy et son complexe, grand souvenir de lecture), est constituée d’une quarantaine de romans dans lesquels il excelle à brouiller les frontières entre réel et fiction. Desplechin l’avoue, il voulait reproduire par sa réalisation cette bascule autofictionnelle entre vie et imaginaire. Il s’est pour cela approprié Tromperie, un texte très fragmentaire publié en 1990 et composé uniquement de dialogues entre Philip, écrivain américain installé à Londres et plusieurs femmes dont sa maîtresse et son épouse. Ce serait à travers ce roman en forme d’essai que Desplechin aurait trouvé l’inspiration de Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle).

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  • Contes du hasard et autres fantaisies (Ryusuke Hamaguchi)

    En japonais, il s’intitule Gûzen to sôzô, soit Hasard et imaginaire. Son titre international est Wheel of fortune and fantasy (Roue de la chance et imagination, pourrait-on traduire) mais les distributeurs français l’ont baptisé Contes du hasard et autres fantaisies en hommage aux contes moraux et contes des quatre saisons de Rohmer. Il est vrai qu’on retrouve comme chez Rohmer le goût des événements fortuits, des coïncidences et des conversations au cours des trois histoires racontées. Dans Magique ?, tout part d’une conversation dans un taxi entre deux amies, Meiko et Tsugami, à propos de la rencontre que Tsugami a faite d’un homme éprouvé par une précédente relation. Dans Porte ouverte, l’étudiant Sasaki décide de se venger de son professeur Segawa en utilisant son amante Nao. Dans Encore une fois, Natsuko séjourne à Sendai pour une réunion d’anciens élèves et reconnaît l’amie dont elle était amoureuse dix-huit ans avant. Je ne donnerai pas plus de détails car les hasards ont une grande importance. Ne dévoilons pas les surprises constantes des récits.

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  • En corps (Cédric Klapisch)

    Elise Gautier (Marion Barbeau) est danseuse étoile et amoureuse. Un soir de ballet, son interprétation de la Bayadère est gâchée par une blessure. C’est une fragilité persistante qui a peut-être à voir avec une blessure de cœur. S’ouvre une période d’incertitude pour la jeune femme qui ne sait si elle pourra continuer la danse classique. Comment va-t-elle se reconstruire ? Son corps va-t-il lui permettre à nouveau de satisfaire sa passion ? En corps est une histoire de résilience physique et psychologique racontée sur un mode positif. Ça ne peut qu’aller mieux se dit-on en suivant une intrigue absolument dépourvue d’affects et de personnages négatifs.

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  • House of Gucci (Ridley Scott)

    Des acteurs américains et anglais qui surjouent des Italiens ? Pourquoi pas. Il y a ceci d’amusant dans le dernier film de Ridley Scott qu’il n’y a pas un seul italien pour incarner les membres d’une des dynasties les plus connues de la péninsule. On peut ajouter que ce film retraçant le parcours tragique de l’héritier Maurizio Gucci (Adam Driver) assassiné par son épouse Patrizia Reggiani (Lady Gaga) donne carte blanche à ses acteurs pour cabotiner. Jeremy Irons, Al Pacino, Jared Leto, Camille Cottin et Salma Hayek n’hésitent pas à rouler les « r » et à grimacer quand il le faut.

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