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Ciné-club ambulant, voyage en cinéphilie - Page 30

  • Sicario : La Guerre des cartels (Stefano Sollima)

    Il y a des images qui en disent long sur l’atmosphère idéologique du moment. Le début de Sicario : La Guerre des cartels est remplie de visions paranoïaques d’une Amérique en guerre. Contre la confusion des séquences et des images, Le montage impose la logique implacable de forces hostiles aux Etats-Unis. Le spectateur est poussé à établir un lien entre immigration et terrorisme, à légitimer par contrecoup les représailles américaines. Une traversée de clandestins mexicains vers les Etats-Unis se conclut par un plan provocateur sur des tapis de prière musulmans. Dans un hypermarché, des hommes se font exploser. D’un bond, on passe en Somalie où la puissance impérialiste se venge de ses ennemis. Un homme capturé invoque les règles de droit : les américains ne peuvent pas faire n’importe quoi, ils obéissent à des règles, n’est-ce pas ? On lui fait comprendre qu’aujourd’hui plus qu’avant, l’Amérique fait ce qu’elle veut en dehors de chez elle.

    Autre plan saisissant : un mouvement de caméra descend du mur de la frontière américaine vers une ville américaine propre et tranquille. L’Amérique se protège derrière un mur mais les séquences suivantes démontreront qu’il n’y a pas grand-chose à faire pour stopper le flux des clandestins mexicains. On gagne beaucoup d’argent des deux côtés de la frontière pour acheminer des gens. C’est devenu un business plus rentable que la cocaïne. On peut donc combattre l’immigration comme on combattait autrefois le trafic de drogue, imposer une logique de guerre à des drames humains. Tout ça n’est pas franchement humaniste…

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  • L’insulte (Ziad Doueiri)

    Ziad Doueiri a réalisé la série de politique-fiction Baron noir, diffusée depuis 2016 sur Canal+.  L’insulte, sorti au cinéma en 2017, disponible en DVD depuis le 3 juillet 2018, est le 4ème film du réalisateur libanais. Le rapprochement entre cette production franco-libanaise et Baron noir nous paraît important : L’insulte conjugue avec réussite les qualités d’écriture d’une série à suspense avec la pertinence politico-historique. Le spectateur est à la fois captivé et instruit d’un contexte qu’il ne connaît pas, celui du Liban contemporain.

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  • Sans un bruit (John Krasinski)

    Ce qu’il y a de bien avec les films d’horreur, c’est qu’ils révèlent les angoisses cachées d’une société, ils ont toujours quelque chose de pertinent à nous montrer. La société américaine semble travaillée par la catastrophe globale, l’apocalypse et Sans un bruit, un an après It comes at night de Trey Edward Shults, décline à nouveau les thèmes de la survie, de l’autarcie et de la paranoïa. Une famille américaine type, les Abbott, deux parents (Emily Blunt et John Krasinski) et leurs trois enfants, tente de survivre dans un environnement rural menacé par des prédateurs monstrueux. Comme ces créatures repèrent leurs proies au bruit, notamment au son de la voix, il s’agit de ne pas se faire entendre.

    La première demi-heure consistera à suivre leur vie quotidienne, à les voir prendre garde au moindre bruit qu’ils font. C’est une phase d’exposition originale par son silence, assez peu intéressante d’un point de vue psychologique, sans doute davantage sur le plan idéologique. Les choix de personnages sont très classiques, la vision de la famille empreinte de conservatisme. Les Abbot sont unis et bons chrétiens. Evelyn est enceinte et s’occupe des tâches ménagères. Lee travaille et protège son foyer. Pendant qu’elle étend le linge, lui étudie les moyens d’éliminer les sales bêtes. Regan, qui est sourde, a le caractère rebelle d’une préadolescente. Marcus, plus jeune, est le plus vulnérable - en attendant l’arrivée d’un nouvel enfant. Tout cela n’est pas très original et délivrera in fine un message d’une grande banalité : rien de mieux que la famille pour se protéger.

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  • Plaire, aimer et courir vite (Christophe Honoré)

    Le dernier film de Christophe Honoré est clairement autobiographique. Le cinéaste partage de nombreux traits avec le personnage d’Arthur, interprété par Vincent Lacoste. Né et grandi en Bretagne, il a étudié à Rennes. Il a perdu son père à l’adolescence. Il est ouvertement homosexuel. Arthur est un double romancé de Christophe dont le regard sur ses années de jeunesse n’est jamais dépréciatif, tant mieux ! Les situations et les nombreux dialogues sont empreints de nostalgie, de douceur et de bonne humeur. Plaire, aimer et courir vite garde un ton léger de comédie, d’autant plus paradoxal qu'il est hanté par le SIDA.

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  • Ciné-club : C’est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux)

    Le film culte de Rémy Belvaux était dans la sélection Un certain regard à Cannes en 1992. Il y avait suscité des polémiques, à raison. Moi, adolescent peu au courant des festivals, je l’avais découvert dans un cinéma de Strasbourg. Un gars de mon lycée avait insisté pour qu’on le voie en petit groupe. A ce qu’il paraissait, c’était un film « génial ». Je n’ai pas su comment prendre un tel film, je n’avais jamais vu un humour aussi noir à l’écran. C’était très malsain et souvent drôle mais comment rire quand on voit un viol ou un infanticide ?  Si ce film choquant a passé les années avec succès, il le doit entre autres au génie comique de Benoît Poelvoorde, dont c’était le premier grand rôle, à 27 ans.

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  • En guerre (Stéphane Brizé)

    Dans les hautes sphères de l’Etat et de l’économie, on ne parle que de négociation, de dialogue social, de concertation et de partenaires sociaux. Les mots sont méticuleusement choisis. Ils font partie d’une mise en scène dans laquelle chacun, travailleurs d’un côté, patrons de l’autre, doit se retrouver pour discuter. Le titre En guerre pour un film social, c’est un pavé lancé sur la vitrine consensuelle de l’actualité, ça fait des dégâts et des victimes, ça rappelle la réalité. Dans le nouveau film de Stéphane Brizé, récit de la lutte des ouvriers de Perrin Industrie pour sauver leur usine, on verra que les mots ont leur importance. Laurent Amédéo (Vincent Lindon), syndicaliste CGT, les utilise pour galvaniser ses troupes, nommer la réalité du combat et mettre à mal la rhétorique patronale. Il est effectivement en guerre, ce que la mise en scène de Stéphane Brizé ne cessera de montrer en même temps qu’elle interrogera le bien-fondé de cette guerre, en posant la question qui fait mal : à quoi bon lutter quand tout est déjà décidé ?

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