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Les garçons sauvages (Mandico)

« C’est le roman de Burroughs (paru en 1971) qui est à l’origine de l’idée première du film. De courts passages de celui-ci m’ont guidé : une séquence où de jeunes garçons copulent avec des végétaux hypersexués, puis une autre, encore plus lyrique, où ils s’en vont conquérir le monde. J’ai imaginé des boutures improbables avec des récits d’aventure à la Jules Verne. » (Interview de Bertrand Mandico dans Libération du 27/02/2018)

Les garçons sauvages est un film diablement original, pas de doute. Mélanger le Jules Verne de Deux ans de vacances, la violence adolescente d’Orange Mécanique et l’œuvre de William Burroughs (The Wild boys) donne un film qui ne ressemble à rien de connu. Bertrand Mandico est présenté dans ses diverses biographies comme un artiste travaillant sur l’hybridation des genres. Son programme un peu « monstrueux », bien qu’imparfait sur la durée, est d’une belle audace dans le cinéma français actuel. Ajoutons que les effets spéciaux, comme ces plantes qui bougent ou ces végétaux « vivants » donnent au film le côté artisanal du cinéma muet.

Ils changent de sexe

Cinq garçons riches sur l’île de Bourbon (La Réunion), habitués des mauvais coups, violent sauvagement leur professeur de lettres. Ils sont jugés mais plaident pour un accident et échappent à la prison. Leurs parents les confient à un énigmatique capitaine (Sam Louwyk) qui promet de les dresser. Embarqués sur un voilier, ils enchaînent les corvées et les humiliations censées en faire des êtres doux et obéissants. Le voyage les amène sur une île mystérieuse, sédimentée sur une huitre géante (!!!). Une séquence très insolite les voit s’accoupler à des plantes phalliques, goûter à un jus qui ressemble à du sperme, s’abandonner à l’extase. Sauf que ces garçons sauvages, qui aiment exhiber leurs sexes comme des armes, se rendent compte qu’ils changent de sexe. Ils ont les seins qui poussent et les verges qui tombent.

Touffu, luxuriant, humide

Les voiles du voilier sont pileuses comme une poitrine d’homme. L’île est couverte d’une végétation dense aux extrémités turgescentes. Les garçons se nourrissent de fruits poilus en forme de testicules. Dans ses détails, Les garçons sauvages exhibe une forme touffue, luxuriante, humide. C’est comme si Bertrand Mandico filmait ses personnages et plantait ses décors à même des sexes masculins et féminins. Tout dans ce film renvoie à la polarité des sexes, au fantasme d’un monde violent, érotique, pulsionnel, qu’on pourrait pacifier en le féminisant. Dans Orange mécanique, on dégoûte les jeunes garçons de la violence par la méthode Ludovico administrée en prison. Dans Les garçons sauvages, on se dit que le meilleur moyen de les dompter est encore de les transformer en filles !

La belle idée du film est d’exacerber la violence masculine, la violence de ce phallus employé comme une arme, en faisant jouer les cinq garçons par des filles (Pauline Lorillard en Romuald, Vimala Pons en Jean-Louis, Diane Rouxel en Hubert, Anaël Snoek en Tanguy, Mathilde Warnier en Sloan). Elles sur-jouent la masculinité bravache avec beaucoup de cran, notamment Vimala Pons qui réussit à donner une incarnation électrique à son personnage. On oublie parfois qu’elles sont filles et peu importe que la limite soit claire. On navigue à vue dans une histoire de garçons monstrueuse… d’ultra-virilité féminine ! Les sexes masculins, notamment celui tatoué du Capitaine, sont brandis comme des jouets défendus. Mandico filme avec amusement la fascination que provoque cet organe menaçant qui semble toujours prêt à sortir. Dans la séquence de viol du début, on a l’impression que ce sont des pistolets à eau qu’ils utilisent.

Le film est sans doute trop touffu et il est difficile de faire ressortir à égalité les performances des cinq actrices. Pauline Lorillard et Mathilde Warnier y ont plus de mal à s’incarner que Vimala Pons ou Anaël Snoek. De même, le rôle d’Elina Löwensohn n’y est pas des plus clairs avant se révèle son mystère. Dans le monde fantasmatique de Mandico, à la bande-son dense et omniprésente, on peine à trouver une respiration, un peu de silence et de contemplation amoureuse des corps. Le spectateur est comme ses personnages pris dans une toile d’images et de détails, dans un tourbillon formel qui peut se révéler suffocant.

Imberbe comme les joues de ses actrices, poilu et phallique dans ses décors, ce film est un étrange composé d’images contradictoires. Un beau geste de cinéma.

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