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Ciné-club ambulant, voyage en cinéphilie - Page 2

  • Le sel des larmes (Philippe Garrel)

    Je suis a priori client du cinéma de Philippe Garrel. J’en ai une connaissance limitée et je continue à découvrir ses films au fur et à mesure. Saisi par la beauté douloureuse de L’enfant secret (1979), j’ai pu découvrir aussi L’ombre des femmes (2015) et L’amant d’un jour (2017). Me plaisent la simplicité des récits, l’usage du noir et blanc, la part faite aux amours, à l’émotion des rencontres et des séparations. Son cinéma me semble assez peu intellectuel, d’essence lyrique surtout. La musique traduit souvent l’affect de ses personnages. Ici on retrouve celle de Jean-Louis Aubert dont la voix colle bien aux émois de jeunes gens.

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  • Tout simplement noir (Jean-Pascal Zadi, John Wax)

    Jean-Pascal Zadi est passé par le rap, il a suivi le cours Florent, il court les castings mais son talent ne saute pas du tout aux yeux. On ignore à quel point, pour les besoins de son propre film en forme d’auto-fiction, il se rabaisse en tant qu’acteur. Ajoutons qu’étant noir, il est très souvent cantonné à des rôles stéréotypés et ridicules, ce qui n’arrange rien. Mais il veut percer, fait tout pour créer le buzz sur Internet et décide de dénoncer sa condition d’homme noir en organisant une grande marche à partir de la Place de la République à Paris. Dès l’entame de cette comédie bien d’actualité, on saisit une forme d’ambivalence qui restera pendant tout le récit: veut-il marcher pour convertir son buzz en célébrité ou bien cherche-t-il réellement à dénoncer la condition générale des noirs en France ? Ce sont ces tiraillements du personnage entre deux intentions antagonistes qui font l’intérêt de ce film divertissant, qui ressemble certes une enfilade de sketchs mais se révèle beaucoup plus profond qu’il n’en a l’air.

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  • Vivarium (Lorcan Finnegan)

    Un vivarium est par définition un espace vitré aménagé pour conserver et montrer de petits animaux vivants (insectes, reptiles, etc.) en reconstituant leur milieu naturel. Le vivarium filmé de l’irlandais Lorcan Finnegan s’applique aux humains. C’est un milieu artificiel pourvu de tout ce qu’il faut à une famille pour survivre (nourriture, mobilier, vêtements) mais dont elle ne peut s’échapper. Sans savoir pourquoi, Tom (Jesse Eisenberg) et Gemma (Imogen Poots) se retrouvent prisonniers d’un ensemble pavillonnaire nommé Yonder. Le jeune couple cherchait sa première maison, un étrange agent immobilier les abandonne dans cet endroit à l’aspect artificiel.

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  • La vie invisible d’Euridice Gusmao (Karim Aïnouz)

    En rattrapant en VOD ce film brésilien sorti au cinéma en 2019, je réalise avoir manqué une très belle expérience sur grand écran. Karim Aïnouz a non seulement réalisé un drame émouvant et lucide mais aussi rempli de beauté et de sensualité. Ajoutons que le scénario a été adapté d’un roman de Martha Batalha, Les mille talents d'Euridice Gusmao, plutôt apprécié par la critique et que le film a reçu en 2019 le prix Un certain regard, qui récompense souvent de très bons films (Elena de Zviaguintsev, White god de Mundruczo…).

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  • Ma vidéothèque idéale : Elephant Man (David Lynch)

    On se plaint du peu de films intéressants en cette période post-confinement mais on a la chance de découvrir Elephant Man sur grand écran, 40 ans après sa sortie. Je ne l’avais vu qu’à la TV et je mesure la chance de regarder le deuxième film de David Lynch dans une copie restaurée 4K de toute beauté, magnifiant le noir et blanc du chef opérateur Freddie Francis. Mes souvenirs se rattachaient à des moments déchirants, de pure mélodrame, mais l’histoire de John Merrick, être difforme découvert dans un cirque ambulant, est autrement plus riche et bouleversante qu’un spectaculaire tire-larme.

    L’histoire, tirée du livre biographique de Frederick Treves, est véridique. C’est en 1884 que le Dr Treves (Anthony Hopkins) découvre « l’homme éléphant », dénommé John Merrick (John Hurt) dans une foire de Londres. Il est exploité par Bytes (Freddie Jones) qui l’exhibe à un public friand de sensations bon marché. Treves est fasciné par les déformations corporelles de cet homme, et l’emprunte à Bytes pour les besoins de son séminaire d’anatomie. Mais ce qui ne devait être qu’un monstre, sans doute idiot, n’est-il pas un être humain sensible et intelligent ?

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  • L’Ombre de Staline et Canción sin nombre : journalisme et vérité (chronique de rentrée)

    On sort du confinement comme on y est entré, bombardé de news et de théories trop belles (ou laides) pour être vraies. La vérité nous échappe d’autant plus que chacun se donne le droit d’établir sa version arrangée, ses « faits alternatifs » comme dit Kellyanne Conway, la conseillère de Donald Trump. Les mensonges d’Etat voisinent avec les manipulations de lobbies et d’individus de toute sorte.

    En cette rentrée cinématographique, on constate que le thème de la recherche de la vérité obsède beaucoup de cinéastes. Après Dark waters de Todd Haynes, on se déconfine pour aller voir deux films à la suite : L’Ombre de Staline d’Agnieszka Holland puis Canción sin nombre de la péruvienne Melina León. Ces deux films sont ancrés dans des moments historiques clairement définis. Celui de la réalisatrice polonaise se déroule en 1933, dans l’URSS de Staline. Le film péruvien revient lui en 1988 dans un pays terrorisé par la guérilla du Sentier Lumineux. Il est intéressant de voir dans les deux films une mise en avant de la figure du journaliste, héros de la vérité. Gareth Jones (James Norton) part pour l’URSS dans l’idée d’interviewer Staline mais surtout pour comprendre d’où vient le décollage économique du pays, qui lui paraît factice. Dans Canción sin nombre, Pedro Campos (Tommy Parraga), journaliste à la Reforma, enquête sur la disparition massive de nouveaux nés. De jeunes mères indigènes se sont fait voler leurs bébés dans des cliniques itinérantes. Personne ne sait ce que deviennent les enfants.

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