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Ciné-club ambulant, voyage en cinéphilie - Page 5

  • Past lives – nos vies d’avant (Céline Song)

    Comme son héroïne Nora, Céline Song est née en Corée du Sud de parents artistes et comme elle, a dû immigrer en famille en Amérique du Nord, à l’âge de 12 ans. Telle une romancière qui met tout d’elle dans son premier roman, Song a mis dans son premier film beaucoup d’éléments autobiographiques. A-t-elle eu comme Nora avec Hae-Sung un amour d’enfance à Séoul qu’elle a quitté et jamais oublié ? Qui sait ? La première scène en voix off pose l’hypothèse d’une histoire imaginaire, née peut-être d’un hasard et d’observations fugaces. Dans un bar, deux voix off commentent la présence à quelques mètres d’un homme et d’une femme asiatiques accoudés avec un homme blanc du même âge. C’est comme un jeu de deviner qui ils sont et c’est un moyen malin d’embarquer le spectateur. Sont-ils collègues de travail ? Un couple de touristes accompagnés de leur guide américain ? Un frère et une sœur, la sœur étant en couple avec l’américain ? Tout a débuté 24 ans avant, à Séoul, entre deux enfants attachés l’un à l’autre. Il était une fois…

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  • Making-of (Cédric Kahn)

    C’est la bande-annonce qui m’a donné envie de voir Making-of. Après le peu aimable (pour moi) Procès Goldman, que Cédric Khan puisse faire une comédie sur un tournage qui tourne à la catastrophe, l’idée m’enthousiasmait. Encore un film sur le cinéma et une nouvelle vision de ce métier. Des Ensorcelés de Minelli jusqu’au film de Truffaut, du Redoutable (Godard par Hazanavicius) jusqu’à Il était une fois à Hollywood de Tarantino, je suis rarement déçu et me déclare bon public du genre. Voir la critique récente du Livre des solutions de Gondry, souvent vilipendé mais qui m’a amusé malgré ses défauts. Attention toutefois, même s’il est assez drôle et que Jonathan Cohen en est un des premiers rôles, Making-of n’est pas complètement une comédie. C’est une œuvre critique, qui étale sans complaisance les contradictions du milieu du cinéma.

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  • Priscilla (Sofia Coppola)

    Dire du bien de Priscilla, est-ce un combat perdu d’avance ? Les adjectifs pleuvent comme des flèches et les critiques sont acerbes : insipide, fade, lisse, ennuyeux… On a même renommé le film d’un assassin « Priscilla, molle du désert » et c’est plutôt bien trouvé même si ça me paraît injuste. Alors que dans son électrisant Elvis, Baz Luhrmann a choisi de célébrer le chanteur en ange de la musique foudroyé par la cupidité de son manager, Sofia Coppola brosse le portrait cotonneux d’un personnage des coulisses, secondaire pourrait-on dire, celui de l’épouse, de la « femme de ». Priscilla Beaulieu a 14 ans quand elle rencontre le chanteur pendant son service militaire en Allemagne en 1958, le couple divorce en 1973 alors que le King amorce son déclin physique et personnel. Quand elle lui annonce son départ, assommé de médicaments il a tout juste la force de dire son incompréhension : comment peut-elle quitter une situation dont toute femme rêverait ? C’est bien ça le sujet : quitter le conte de fée, le rêve illusoire pour pouvoir enfin vivre une vie à soi. Passer de jeune fille rêvant du prince charmant à femme débarrassée des illusions de l’enfance.

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  • Les colons (Felipe Galvez Haberle)

    On pourrait appeler ce premier film Naissance d’une nation si ce titre légendaire ne renvoyait à l’œuvre raciste de D.W. Griffith. Idéologiquement, ce premier film du chilien Felipe Galvez nous évoque plutôt Les veines ouvertes de l’Amérique latine d’Eduardo Galeano (essai de référence sur la prédation du continent) et ne glorifie aucunement les colons de son titre. On parle ici d’une nation coloniale, le Chili, dont la formation comme celle de l’Argentine voisine a été entachée de génocides contre les populations indiennes de Patagonie. On pourra lire sur Wikipedia par exemple les articles sur l’extermination des indiens Selk’nam ou Ona.

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  • Simple comme Sylvain (Monia Chokri)

    Si l’amour pouvait être aussi simple que ce Sylvain, beau gars fort avec qui baiser est sublime, la vie serait si belle ! Lorsqu’elle rencontre Sylvain (Pierre-Yves Cardinal), Sophia (Magalie Lépine Blondeau) a besoin de vivre plus intensément que dans son couple plan-plan avec Xavier (Francis William Rhéaume). Ils n’ont pourtant pas grand-chose en commun. Elle est universitaire, enseignant la philosophie à des adultes et elle fréquente un milieu bourgeois d’intellectuels et d’artistes. Il n’a pas fait d’études supérieures, il est artisan et d’origine populaire. En France on dirait que c’est un beauf. D’ailleurs, le spectateur français comprendra l’accent de Sophia, proche du sien, alors que la langue de Sylvain semble moins élaborée et nécessite des sous-titres. L’opposition est marquée et c’est ce type de schéma archétypal, assez cliché, qui fait souvent de bons films comiques.

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  • Bâtiment 5 (Ladj Ly)

    Jusqu’au titre du film, on perçoit une chute sensible de qualité entre Bâtiment 5, le dernier film de Ladj Ly, et les Misérables qui a tant fait parler. Vue dans une petite salle MK2 la semaine de sa sortie, on comprend que cette dernière production ne connaîtra pas le succès commercial alors qu’elle ne manque ni de moments forts, ni d’un véritable fond. Le point de vue sur la banlieue s’est déplacé du terrain sécuritaire vers celui de la politique. Alors que les Misérables décrivait la cité comme un terrain de jeu viril entre policiers, grands frères, dealers, jeunes, salafistes et gitans, Ladj Ly a peut-être entendu par-ci par-là le reproche de ne pas avoir donné la parole aux femmes. Il le fait au travers du personnage d’Habi (Anta Diaw, excellente), jeune femme qui milite pour l'autonomie des habitants des quartiers face à des politiciens qui les méprisent. Habi ambitionne d’être maire pour changer la vie de ses congénères.

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