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Ciné-club ambulant, voyage en cinéphilie - Page 4

  • Everybody knows (Farhadi)

    Tout le monde sait (Everybody knows !) que les films d’Asghar Farhadi sont construits de la même façon. On l’avait déjà vu dans sa période iranienne, avec Une séparation ou A propos d’Elly : la structure narrative se répète, la mécanique est toujours la même ! Une grosse heure d’exposition pour décrire une société plus ou moins unie (couple, famille, amis), une rupture qui crée la confusion puis un écheveau complexes de secrets et de non-dits à démêler pour aboutir à la vérité finale.

    C’est dans le clocher d’une église espagnole que débute Everybody knows. Des plans sur une mécanique horlogère soulignent ce qui intéresse le réalisateur : ces rouages intimes et sociaux qui, dans des situations de drame exacerbé, poussent les humains à agir. Des rouages aux plans des articles de journaux évoquant un kidnapping d’enfant, découpés par un inconnu, on sait qu’un fait divers servira de mèche dramatique. Que ce soit en Iran, en France ou ailleurs, Farhadi est fasciné par la mécanique des motivations humaines.

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  • Mes provinciales (Jean-Paul Civeyrac)

    Après Des filles en noir (2010) et Mon amie Victoria (2014), la lente découverte du cinéma de Jean-Paul Civeyrac continue avec Mes provinciales, tout juste sorti, qui confirme une sensibilité du cinéaste à la jeunesse, à son apprentissage et à l’Art comme chemin existentiel possible pour elle. Tout comme on parle de bildungsroman ou roman d’apprentissage, à l’exemple de L’éducation sentimentale de Flaubert ou de Demian d’Hermann Hesse, on parlerait de film d’apprentissage pour décrire ce qu’il y a d’initiatique dans ce cinéma-là. Étienne (Andranic Manet), jeune homme « monté » à la capitale pour étudier le cinéma, apprend douloureusement de ses échecs amoureux, relationnels et créatifs. Il est parmi tant de jeunes un provincial venu sans les codes parisiens, souffrant surtout de son immaturité et de sa difficulté à se connaître et à connaître les autres. Ce sentiment d’étrangeté et d’incompréhension éprouvé autour de 20 ans, on le découvre aussi chez Victoria, jeune femme noire marginalisée, ou chez les lycéennes violemment romantiques des Filles en noir. C’est avec une douceur pleine d’empathie, comme on filmerait un papillon sortant de sa chrysalide que Jean-Paul Civeyrac décrit la douloureuse construction de jeunes individus.

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  • L’île aux chiens (W. Anderson)

    Il se trouve que le cinéma de Wes Anderson n’est pas apprécié ici. A part La famille Tenenbaum et Fantastic Mr Fox bien aimés à leurs sorties mais pas revus depuis, le reste de la filmographie du texan m’a toujours exaspéré. De Rushmore à The Grand Budapest Hotel en passant par La vie aquatique, ce cinéma de playmobil, dans lequel les humains sont ramenés à quelques tics, repose sur une maniaquerie décorative qui provoque plus de migraine que d’enthousiasme. On y entend de plus cette même rengaine du mâle petit génie incompris par des adultes lobotomisés. L’agacement est d’autant plus aigu que les bons acteurs (Adrian Brody, Bill Murray, Tilda Swinton,…) se bousculent chaque fois pour participer au concours du meilleur automate. On aboutit à la conclusion que tous ces moyens, tous ces effets ne nous disent rien d’intéressant ni d’émouvant et que le « génie » de Wes Anderson est celui d’un vieil enfant égocentrique, sûrement collectionneur de babioles ou de jouets vintage. Ce n’est sans doute pas un hasard si passé bien des déceptions, Fantastic Mr Fox et surtout L’île aux chiens m’ont ravi. Ces deux films sont des animations en stop motion (filmage d’objets réels en 24 images par seconde) et font ressortir quelque chose que les personnages inventés par Wes Anderson n’arrivent pas à produire in vivo : de l’humain !

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