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Ciné-club ambulant, voyage en cinéphilie

  • The Brutalist (Brady Corbet)

    The Brutalist n’est pas à proprement parler une saga sur l’architecture brutaliste aux Etats-Unis et ce n’est surtout pas une success story. Avant de découvrir ce film de Brady Corbet, acteur dont c’est le troisième long métrage, je m’imaginais à tort une fresque cinématographique aux images monumentales, décrivant comment Lazlo Toth (Adrien Brody) émigre aux Etats-Unis et parvient par son talent à devenir un architecte majeur dans son pays d’adoption. Abandonnant une Europe dévastée et traumatisée par le nazisme, repartant de zéro, il parviendrait non sans peine à surmonter le racisme latent vis-à-vis des immigrés juifs hongrois. Trop biberonné au genre du biopic et à un certain optimisme du cinéma américain, je m’étais trompé. La première séquence du film est un avertissement au spectateur. Sur une musique assourdissante, Lazlo s’extrait d’une obscurité chaotique, la caméra accompagne son corps dans un mouvement de foule dont on a du mal à deviner où il se situe. Il émerge enfin dans la lumière, sur le pont d’un bateau et l’Amérique se présente à lui par une vue inversée de la Statue de la Liberté. C’est certes un mouvement d’ascension, depuis la cale jusqu’à l’air libre mais cette statue tête en bas n’est pas un bon présage.

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  • Cinéclub : Soleil vert (Richard Fleischer)

    J’ai beaucoup d’affection pour la filmographie éclectique de Richard Fleischer. Même si tout n’est pas formidable, on parle d’un réalisateur hollywoodien à l’aise avec le film noir (Les inconnus dans la ville), le film d’aventures à costumes (Les Vikings), le thriller (L’étrangleur de Boston, Terreur aveugle), la reconstitution de guerre (Tora ! Tora ! Tora !), le drame sudiste (Mandingo) ou la chronique policière (Les flics ne dorment pas la nuit). Parmi une soixantaine de réalisations, Soleil vert (Soylent green) résonne de toute son originalité encore aujourd’hui, tout en restant une œuvre marquée par l’époque de sa réalisation, les années 70. Notons que le film est assez librement inspiré du roman Make room! Make room! (1966) de l'écrivain américain Harry Harrison et qu’il est réputé meilleur que ce dernier.

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  • Un parfait inconnu (James Mangold)

    Le caractère énigmatique de Bob Dylan est un sujet de fascination de longue date, il n’y a qu’à voir I am not there (2007), film cryptique et conceptuel de Todd Haynes, qui fait jouer par 6 acteurs et actrices des fragments et incarnations de sa vie. Un parfait inconnu réalisé par James Mangold est plus classique et linéaire mais on en sort en se demandant qui il est réellement. Le film n’a aucunement dissipé le mystère de cette personnalité joueuse et fuyante, et c’est une qualité par rapport aux biopics récents (Ray, Rocketman, Bohemian Rhapsody, Get on up, Elvis etc.).

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  • The substance (Coralie Fargeat)

    A côté de Coralie Fargeat, Julia Ducournau c’est Robert Bresson ! Assister aux 2H20 de The Substance, c’est s’offrir un long délire gore et tape à l’œil. La première pensée en sortant de la séance a été de se dire que cela faisait longtemps que je n’avais pas assisté à un film aussi dégueulasse et ultra-violent, pensée tout de même accompagnée d’un éclat de rire salvateur largement partagé par la salle. A écouter les premiers résumés, je croyais à une réflexion « féministe » et donc critique sur notre inaptitude sociale à accepter le vieillissement du corps féminin, habilement camouflée en film de genre. Le film a tout de même obtenu le prix du scénario à Cannes. A croire que les jurés ont accordé à ce film hyperbolique, divertissant et de très mauvais goût un fond, un propos critique, une… substance ?

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  • The apprentice (Ali Abbasi)

    Après les humains animalisés de Border (2018) puis le tueur psychopathe des nuits de Mashhad (2022), voilà que le cinéaste irano-danois Ali Abbasi évoque une autre figure monstrueuse : Donald Trump ! Le spectateur occidental un peu informé connaît la nature égocentrique, la mégalomanie et le rapport problématique avec la vérité de l’ex et peut-être futur président des Etats-Unis mais sait-il comment tout cela a commencé ? Avant l’homme politique effrayant que le monde connaît, il y a eu le magnat de l’immobilier star de télé-réalité (la fameuse émission The apprentice) mais avant la célébrité, il y a eu un apprenti ambitieux, héritier d’un petit empire new-yorkais et désireux de se faire un nom ou plutôt un prénom autre que celui du méchant paternel, Fred Trump. Voici donc le biopic de celui qui voulait absolument devenir quelqu’un et qui à la veille de l’élection présidentielle hurle au scandale, menace de représailles les distributeurs, le studio et l’équipe du film tant le contenu lui est défavorable. A la fin du film, son personnage le dit en présence du biographe qui va lui écrire son fameux livre « The art of the deal » : il déteste qu’on fouille dans son passé et qu’on fasse de la psychologie à son propos et à celui de sa famille. The apprentice remue justement tout ce que Donald Trump n’a pas envie de voir, la face particulièrement sombre de sa réussite.

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  • Les graines du figuier sauvage (Mohammad Rasoulof)

    Mohammad Rasoulof est sous surveillance des autorités iraniennes depuis 2010. Sa situation s’est dégradée lors du festival de Cannes 2024, quand le régime des Mollahs l’a condamné à 8 ans de prison pour « collusion contre la sécurité nationale ». Il était inévitable que le cinéaste quitte le territoire clandestinement. On imagine un de ces gardiens de la Révolution, soutien de la théocratie et censeur de profession, découvrir horrifié les 2H48 des graines du figuier sauvage. « Traître », « agent de l’extérieur », « mensonges »… ce qui est montré à l’écran ne peut être qu’insupportable pour un pion de ce pouvoir. Même si le film utilise abondamment le registre métaphorique, il ne se cache derrière aucun symbole hermétique ou aucune ambiguïté pour dénoncer la dictature et pour en appeler à son renversement.

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