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Avec cette fresque en deux parties, produite par Pathé (80 millions d’euros tout de même) et réalisée par Antonin Baudry (cf. Le chant du loup en 2019), le spectateur a droit à 5h20 de cinéma en tout - c'est plus que les 5H17 du 1900 de Bertolucci ! On ne ressent pas la longueur ni l’ennui mais on balance entre enthousiasme et parfois haussements d’épaules. La deuxième partie du diptyque (J’écris ton nom) est bien plus consistante et stimulante que la première (L’âge de fer).
Le cinéma justifie-t-il tout ? Est-ce qu’un cinéaste célèbre a tous les droits y compris celui de faire du mal aux autres du moment qu’il crée une œuvre d’art essentielle ? Rodrigo Sorogoyen a 44 ans et fait sans doute partie d’une génération qui se pose un peu plus cette question que les générations précédentes. Après me-too, les scandales avérés, quelques condamnations aussi, le milieu du cinéma réfléchit sur ses pratiques et sur les limites morales qu’il met ou non à ses créateurs. Esteban Martinez, réalisateur espagnol consacré par Hollywood, est l’archétype de la figure sacralisée, celle de l’auteur européen masculin (pour l’essentiel), charismatique, roublard, autoritaire. On le voit commenter pour une édition DVD un de ses premiers films, Siroco, dont l’esprit transgressif lui vaut le respect des nouvelles générations, mais dont on comprend que le tournage a dépassé des limites acceptables de violence pour les acteurs. Javier Bardem prête à Martinez sa présence massive, à la fois tendre et violente. La figure du réalisateur de cinéma qui dirige son film et son équipe de tournage comme une famille se confond avec la figure d’un père omnipotent et manipulateur qui mélange le travail et les sentiments.
Après avoir vu ce film, je me suis demandé quelles étaient les directives que Xavier Giannoli avait pu donner à Jean Dujardin afin d’interpréter Jean Luchaire, patron de presse collaborationniste fusillé pendant l’Epuration. Même si Dujardin n’est plus depuis longtemps un pur acteur de comédie, déployant imbécillité et énergie comique, je l’ai trouvé étonnamment éteint, indifférent et résigné dans sa façon d’incarner Luchaire. Il m’a paru au diapason du film, notamment sa première moitié dans laquelle la photographie entre beige et gris donne un teint vitreux et triste aux personnages. C’est sa fille Corinne (Nastya Golubeva Carax) qui raconte leur histoire, depuis les rassemblements de militants pacifistes des années 20 jusqu’à la fuite à Sigmaringen mais Luchaire-Dujardin semble traverser cette époque tragique avec indifférence et cynisme, sans qu’on le voie tiraillé par sa conscience, habité par le doute ou éventuellement transformé par le fanatisme. Son jeu et son visage demeurent lointains et énigmatiques, sauf quand on s’en prend à sa fille.
Ce premier long métrage du britannique Harry Lighton se démarque de l’ordinaire par une collision audacieuse de registres, ce qui en fait un des films les plus stimulants de cette entame d’année 2026. Pour résumer, le récit se situe à l’intersection de la romance et de l’exploration minutieuse des rites du BDSM (Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Mado-masochisme). Tout un programme ! Aussi étonnant que cela paraisse, Pillion produit de l’émotion en faisant un grand écart entre tendresse, relation de domination et sexe hardcore (le film est à juste titre interdit aux moins de 16 ans).
Les frères Safdie sont-ils attirés par les personnages qui ne parviennent pas à se fixer de limites? Il semble que oui. Avant Marty Supreme, on peut regarder sur Netflix Uncut gems, l’histoire d’un bijoutier new-yorkais addict aux paris, interprété par Adam Sandler. L’histoire est une succession frénétique de péripéties menant le personnage au désastre. Sur 2h30, on retrouve dans Marty Supreme cette même impression de course d’obstacle permanente, ce jeu du chat et de la souris qui ne s’épuise jamais, hormis dans les dernières minutes car il faut bien qu’il y ait une fin. Marty Mauser (Timothée Chalamet) ne souffre pas d’addiction ni d’une névrose autodestructrice qui le rapprocherait d’un personnage à la Scorsese. Il n’y a pas en lui de gouffre mortifère. Non, ce jeune homme juif élevé par sa mère désire être le meilleur en ping pong, sport peu reconnu aux Etats-Unis à l’époque. Doté d’un redoutable tempérament de vendeur, d’un culot et d’une confiance en soi inoxydable, il pourrait réussir dans les affaires mais il veut être le champion reconnu de son sport. Le film se regarde comme une compétition échevelée dans laquelle Marty enchaîne les épreuves personnelles comme autant de matchs à gagner. Il a un objectif en tête qui sera un fil conducteur de l’intrigue : pouvoir trouver l’argent pour participer aux mondiaux de tennis de table au Japon.
Diva, film culte des années 80 ? Peut-être. En parcourant les blogs, les sites cinéphiles, SensCritique, etc. on lit autant d’intérêt que de désamour pour le film de Jean-Jacques Beineix. On capte beaucoup d’incompréhension et de rejet et on sait pourquoi. Il y a le look qui fâche : les néons, les filtres, les lofts, les panoramiques, les personnages accessoires, l’esthétique publicitaire des années fric. Après les années 70 qui tranchaient dans le vif et dans l’intime, ce cinéma clinquant nous montre des marques à l’écran, comme s’il fallait vendre des magnétoscopes ou des chaînes hi-fi japonaises. Avant de voir Diva, je n’étais à priori pas dans la cible : Les prédateurs, Flashdance, Highlander etc. : ça a mal vieilli ! Empli de préjugés, je lance hier soir le DVD et les premières minutes m’absorbent. Je suis fasciné comme ce jeune facteur, Jules (Frédéric Andréi), qui assiste au récital de Cynthia Hawkins (Wilhelmenia Wiggins Fernandez). Jules enregistre en cachette la voix de la diva interprétant la Wally d’Alfredo Catalani. Précieux enregistrement puisque Cynthia refuse de faire des disques.