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Ciné-club ambulant, voyage en cinéphilie

  • Les rayons et les ombres (Xavier Giannoli)

    Après avoir vu ce film, je me suis demandé quelles étaient les directives que Xavier Giannoli avait pu donner à Jean Dujardin afin d’interpréter Jean Luchaire, patron de presse collaborationniste fusillé pendant l’Epuration. Même si Dujardin n’est plus depuis longtemps un pur acteur de comédie, déployant imbécillité et énergie comique, je l’ai trouvé étonnamment éteint, indifférent et résigné dans sa façon d’incarner Luchaire. Il m’a paru au diapason du film, notamment sa première moitié dans laquelle la photographie entre beige et gris donne un teint vitreux et triste aux personnages. C’est sa fille Corinne (Nastya Golubeva Carax) qui raconte leur histoire, depuis les rassemblements de militants pacifistes des années 20 jusqu’à la fuite à Sigmaringen mais Luchaire-Dujardin semble traverser cette époque tragique avec indifférence et cynisme, sans qu’on le voie tiraillé par sa conscience, habité par le doute ou éventuellement transformé par le fanatisme. Son jeu et son visage demeurent lointains et énigmatiques, sauf quand on s’en prend à sa fille.

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  • Pillion (Harry Lighton)

    Ce premier long métrage du britannique Harry Lighton se démarque de l’ordinaire par une collision audacieuse de registres, ce qui en fait un des films les plus stimulants de cette entame d’année 2026. Pour résumer, le récit se situe à l’intersection de la romance et de l’exploration minutieuse des rites du BDSM (Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Mado-masochisme). Tout un programme ! Aussi étonnant que cela paraisse, Pillion produit de l’émotion en faisant un grand écart entre tendresse, relation de domination et sexe hardcore (le film est à juste titre interdit aux moins de 16 ans).

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  • Marty Supreme (Joshua Safdie)

    Les frères Safdie sont-ils attirés par les personnages qui ne parviennent pas à se fixer de limites? Il semble que oui. Avant Marty Supreme, on peut regarder sur Netflix Uncut gems, l’histoire d’un bijoutier new-yorkais addict aux paris, interprété par Adam Sandler. L’histoire est une succession frénétique de péripéties menant le personnage au désastre. Sur 2h30, on retrouve dans Marty Supreme cette même impression de course d’obstacle permanente, ce jeu du chat et de la souris qui ne s’épuise jamais, hormis dans les dernières minutes car il faut bien qu’il y ait une fin. Marty Mauser (Timothée Chalamet) ne souffre pas d’addiction ni d’une névrose autodestructrice qui le rapprocherait d’un personnage à la Scorsese. Il n’y a pas en lui de gouffre mortifère. Non, ce jeune homme juif élevé par sa mère désire être le meilleur en ping pong, sport peu reconnu aux Etats-Unis à l’époque. Doté d’un redoutable tempérament de vendeur, d’un culot et d’une confiance en soi inoxydable, il pourrait réussir dans les affaires mais il veut être le champion reconnu de son sport. Le film se regarde comme une compétition échevelée dans laquelle Marty enchaîne les épreuves personnelles comme autant de matchs à gagner. Il a un objectif en tête qui sera un fil conducteur de l’intrigue : pouvoir trouver l’argent pour participer aux mondiaux de tennis de table au Japon.

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  • Cinéclub : Diva (Jean-Jacques Beineix)

    Diva, film culte des années 80 ? Peut-être. En parcourant les blogs, les sites cinéphiles, SensCritique, etc. on lit autant d’intérêt que de désamour pour le film de Jean-Jacques Beineix. On capte beaucoup d’incompréhension et de rejet et on sait pourquoi. Il y a le look qui fâche : les néons, les filtres, les lofts, les panoramiques, les personnages accessoires, l’esthétique publicitaire des années fric. Après les années 70 qui tranchaient dans le vif et dans l’intime, ce cinéma clinquant nous montre des marques à l’écran, comme s’il fallait vendre des magnétoscopes ou des chaînes hi-fi japonaises. Avant de voir Diva, je n’étais à priori pas dans la cible : Les prédateurs, Flashdance, Highlander etc. : ça a mal vieilli ! Empli de préjugés, je lance hier soir le DVD et les premières minutes m’absorbent. Je suis fasciné comme ce jeune facteur, Jules (Frédéric Andréi), qui assiste au récital de Cynthia Hawkins (Wilhelmenia Wiggins Fernandez). Jules enregistre en cachette la voix de la diva interprétant la Wally d’Alfredo Catalani. Précieux enregistrement puisque Cynthia refuse de faire des disques.

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  • Les aigles de la république (Tarik Saleh)

    « Tu passes ton temps à jouer la comédie » lance la jeune Donya (Lyna Khoudri) à son amant George Fahmy (Fares Fares). Aussi célèbre soit-il, tout le monde dans l’entourage de George, superstar du cinéma égyptien, semble douter de sa sincérité. On ne sait pas ce qu’il pense mais on sait qu’il joue beaucoup. En tant que privilégié, George fréquente les bars, les hôtels, les palais et en tant que chrétien copte séparé de sa femme et buvant de l’alcool, il peut se donner l’illusion d’être libre, inclassable, à la limite de l’insolence vis-à-vis du pouvoir politique ou de la censure islamique qui passe ses films au crible. Il incarne malgré lui les contradictions d’une population qui balance entre l’aspiration à la liberté et l’allégeance aux pouvoirs de l’armée et de la religion. Le film s’ancre dans l’Egypte moderne et urbaine et se fait écho à des droits individuels. Le récit est censé se dérouler au Caire mais le film a été tourné à Istanbul, métropole dont on perçoit pareillement le gigantisme et la modernité, que ce soit dans de larges plans aériens ou dans l’ambiance nocturne de quartiers animés.

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  • Nouvelle vague (Richard Linklater)

    Ce sont les minorités agissantes qui font les révolutions. Quand débute Nouvelle Vague de Richard Linklater, c’est en l’occurrence un tout petit milieu qui s’agite autour des Cahiers du cinéma et conspire pour changer le cinéma. Des jeunes gens très sûrs d’eux fréquentent des projections de films, des soirées où on croise Juliette Greco, des producteurs et des starlettes. Ce sont les meneurs insolents de la révolution, qui s’appellent Jean-Luc Godard (Guillaume Marbeck), François Truffaut (Adrien Rouyard), Claude Chabrol (Antoine Besson), Agnès Varda (Roxane Rivière). Ils vénèrent Rosselini, Lang, Hitchcock, Renoir, Bergman entre autres. A chaque nouvelle séquence, Richard Linklater procède par plan fixe-vignette, accolant à des acteurs ressemblant un nom connu. Ainsi on croise une multitude de personnages clés qui constituent les forces en présence : ceux des Cahiers (André Bazin, Eric Rohmer, Jacques Rivette…), les compagnons de route et satellites (Suzanne Schiffman, José Benazeraf, Liliane David), les maîtres respectés (Rosselini, Bresson, Melville) et puis la troupe qui va contribuer à créer A bout de souffle (Georges de Beauregard le producteur du film, Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Raoul Coutard, Pierre Rissient etc.).

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