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joaquin phoenix

  • A beautiful day (Lynne Ramsay)

    Voilà un film qui ne peut pas faire consensus. A beautiful day (You were never really here) allie sophistication visuelle et sonore, violence barbare et intrigue simplissime. Le scénario de Lynne Ramsay tient sur un ticket de métro : c’est l’histoire de Joe (Joaquin Phoenix), vétéran du Golfe vivant chez sa mère, qui sauve des adolescentes des griffes de pédophiles. Il les sauve à coups de marteau dans la tronche des pervers. Là, il doit ramener Nina (Ekaterina Samsonov), fille fugueuse du sénateur Votto (Alex Manette). Le festival de Cannes a récompensé le scénario, il aurait été plus pertinent de lui donner le prix de la mise en scène.

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  • L'homme irrationnel: ni bien ni mal

    L’homme irrationnel est-il le meilleur Woody Allen de ces dix dernières années ? de ces vingt dernières années ? Va savoir ! J’en ai vu beaucoup (pas tous) dont certains ont provoqué du scepticisme autour de moi (Vicky Christina Barcelona que j’aime bien), de l’enthousiasme (Match point) voire de la franche déception (Midnight in Paris, To Rome with love). Chaque année sort un nouveau Woody Allen et de cette marque de fabrique, il y a autant de raisons de s’agacer que de s’enthousiasmer. Chaque année, les acteurs sont convaincants, la bande son et la photographie sont soignées et chaque année le new yorkais nous invite à adhérer à une narration fabriquée. Evidemment tous les scénarios sont des fabrications sauf qu’avec lui les coutures sont apparentes, les ficelles sont visibles, la recette est ultra lisible.

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    Dissertation simple et ludique

    Abe Lucas (Joaquin Phoenix) est un professeur de philosophie charismatique venu enseigner dans la faculté très bourgeoise de Newport. Comme nombre de héros mâles imaginés par Allen, le personnage conjugue un sens de l’humour anticonformiste et une nette tendance à la dépression. Comme nombre de héros alleniens, son esprit et sa fragilité lui valent d’attirer les femmes. L’une, Rita, est une prof délurée sympathiquement campée par Parker Posey. L’autre, Jill, est une étudiante vive d’esprit jouée par la gracieuse Emma Stone. La première demi-heure du film est un agaçante tant elle patauge dans le cliché mais elle est voulue. Le cinéaste nous endort avec une énième histoire d’étudiante amoureuse de son professeur, mais par la voix d’Abe, au détour d’une conversation sur Simone de Beauvoir, il semble nous dire « vous n’en avez pas marre de toutes ces histoires où les femmes servent de faire-valoir au héros masculin ? Passons aux choses sérieuses » Malin comme un singe, le Woody, et c’est là que le film change de registre pour le thriller. Le spectateur a été préparé à ça. Le film est parsemé d’incises pendant lesquelles Abe nous dit qu’un monde entièrement moral est une absurdité et que les bonnes actions peuvent déboucher sur les pires maux. Le film est écrit comme une dissertation philosophique simple et ludique. Si le Bien poussé à l’extrême engendre le Mal, pourquoi ne pas faire le Mal pour le Bien ? Pourquoi ne pas sortir du carcan de la morale commune et vivre sa liberté ? Abe en a l’occasion après avoir entendu une conversation au restaurant. Il peut se débarrasser d’un magistrat odieux. Il le fait et en sort libéré de ses angoisses, goûtant à nouveau à la vie. Mais son crime restera-t-il impuni ? Woody Allen tire très bien partie de l’entre soi de cette société où tout le monde se connaît et où les ragots arrivent vite aux oreilles des gens. Il y a une tension habilement entretenue pour savoir si le crime d’Abe va être découvert. Woody Allen se sert du personnage de Jill, décrite comme très intelligente, pour découvrir la vérité sur Abe.

    La fin est primordiale

    Pour un scénario aussi mécanique, où tout est couru d’avance et tous les ressorts visibles, la fin est primordiale. Quelle est la morale de l’histoire ? Hélas des plus conventionnelles, le scénario se refuse à faire le pari de l’amoralité joyeuse. La fin revient progressivement dans le chemin de la morale commune et le personnage d’Emma Stone en est l’instrument. Dans Match point, il y avait  une justice à punir le personnage de Rastignac joué par Jonathan Rhys-Meyers. C’était un salopard. Abe Lucas mérite-t-il d’être puni alors qu’il a trouvé le bonheur et un sens à sa vie ? A l’instar de Rita, Allen aurait pu répondre que non et que seul le bonheur compte mais il s’y refuse in extremis.  

    L’homme irrationnel n’étant pas un produit hollywoodien, on peut concevoir que cette fin en forme de pirouette scénaristique traduise le pessimisme de son auteur. Dans une société conventionnelle et hypocrite, il n’est pas possible de vivre libre et heureux. J’ajouterais aussi : il n’est pas possible de vivre heureux avec une femme, quelle qu’elle soit. Soit. Ni un grand film ni une honte pour son auteur, L’homme irrationnel donne du plaisir et déçoit aussi. C’est le programme du cinéma allenien depuis bien longtemps. Pour le spectateur qui apprécie Woody Allen, la question revient à adhérer ou non à une recette servie tous les ans.