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  • La la Land (Chazelle): belle carte de visite

    La la Land de Damien Chazelle fait l’objet d’une campagne de marketing rarement vue depuis des mois. Par affiches interposées, nominations pléthoriques aux oscars, critiques presse élogieuses, ce film nous est vendu comme un événement majeur du septième art. Je vois dans ce déluge promotionnel le même phénomène que pour the Artist en 2011. Alors que le film de Michel Hazanavicius était un hommage appuyé à la grande époque du muet, celui-ci célèbre un autre passé prestigieux, celui du technicolor. Il cite Minelli (Un américain à Paris), Stanley Donen (Chantons sous la pluie) et Nicholas Ray (La fureur de vivre). Et quand un réalisateur, sans doute malin, rend hommage au passé glorieux d’Hollywood, Hollywood aime beaucoup !

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  • L'homme irrationnel: ni bien ni mal

    L’homme irrationnel est-il le meilleur Woody Allen de ces dix dernières années ? de ces vingt dernières années ? Va savoir ! J’en ai vu beaucoup (pas tous) dont certains ont provoqué du scepticisme autour de moi (Vicky Christina Barcelona que j’aime bien), de l’enthousiasme (Match point) voire de la franche déception (Midnight in Paris, To Rome with love). Chaque année sort un nouveau Woody Allen et de cette marque de fabrique, il y a autant de raisons de s’agacer que de s’enthousiasmer. Chaque année, les acteurs sont convaincants, la bande son et la photographie sont soignées et chaque année le new yorkais nous invite à adhérer à une narration fabriquée. Evidemment tous les scénarios sont des fabrications sauf qu’avec lui les coutures sont apparentes, les ficelles sont visibles, la recette est ultra lisible.

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    Dissertation simple et ludique

    Abe Lucas (Joaquin Phoenix) est un professeur de philosophie charismatique venu enseigner dans la faculté très bourgeoise de Newport. Comme nombre de héros mâles imaginés par Allen, le personnage conjugue un sens de l’humour anticonformiste et une nette tendance à la dépression. Comme nombre de héros alleniens, son esprit et sa fragilité lui valent d’attirer les femmes. L’une, Rita, est une prof délurée sympathiquement campée par Parker Posey. L’autre, Jill, est une étudiante vive d’esprit jouée par la gracieuse Emma Stone. La première demi-heure du film est un agaçante tant elle patauge dans le cliché mais elle est voulue. Le cinéaste nous endort avec une énième histoire d’étudiante amoureuse de son professeur, mais par la voix d’Abe, au détour d’une conversation sur Simone de Beauvoir, il semble nous dire « vous n’en avez pas marre de toutes ces histoires où les femmes servent de faire-valoir au héros masculin ? Passons aux choses sérieuses » Malin comme un singe, le Woody, et c’est là que le film change de registre pour le thriller. Le spectateur a été préparé à ça. Le film est parsemé d’incises pendant lesquelles Abe nous dit qu’un monde entièrement moral est une absurdité et que les bonnes actions peuvent déboucher sur les pires maux. Le film est écrit comme une dissertation philosophique simple et ludique. Si le Bien poussé à l’extrême engendre le Mal, pourquoi ne pas faire le Mal pour le Bien ? Pourquoi ne pas sortir du carcan de la morale commune et vivre sa liberté ? Abe en a l’occasion après avoir entendu une conversation au restaurant. Il peut se débarrasser d’un magistrat odieux. Il le fait et en sort libéré de ses angoisses, goûtant à nouveau à la vie. Mais son crime restera-t-il impuni ? Woody Allen tire très bien partie de l’entre soi de cette société où tout le monde se connaît et où les ragots arrivent vite aux oreilles des gens. Il y a une tension habilement entretenue pour savoir si le crime d’Abe va être découvert. Woody Allen se sert du personnage de Jill, décrite comme très intelligente, pour découvrir la vérité sur Abe.

    La fin est primordiale

    Pour un scénario aussi mécanique, où tout est couru d’avance et tous les ressorts visibles, la fin est primordiale. Quelle est la morale de l’histoire ? Hélas des plus conventionnelles, le scénario se refuse à faire le pari de l’amoralité joyeuse. La fin revient progressivement dans le chemin de la morale commune et le personnage d’Emma Stone en est l’instrument. Dans Match point, il y avait  une justice à punir le personnage de Rastignac joué par Jonathan Rhys-Meyers. C’était un salopard. Abe Lucas mérite-t-il d’être puni alors qu’il a trouvé le bonheur et un sens à sa vie ? A l’instar de Rita, Allen aurait pu répondre que non et que seul le bonheur compte mais il s’y refuse in extremis.  

    L’homme irrationnel n’étant pas un produit hollywoodien, on peut concevoir que cette fin en forme de pirouette scénaristique traduise le pessimisme de son auteur. Dans une société conventionnelle et hypocrite, il n’est pas possible de vivre libre et heureux. J’ajouterais aussi : il n’est pas possible de vivre heureux avec une femme, quelle qu’elle soit. Soit. Ni un grand film ni une honte pour son auteur, L’homme irrationnel donne du plaisir et déçoit aussi. C’est le programme du cinéma allenien depuis bien longtemps. Pour le spectateur qui apprécie Woody Allen, la question revient à adhérer ou non à une recette servie tous les ans.

  • Birdman : survol de la condition hollywoodienne

    Dans chaque décennie de cinéma, on pourra trouver un film-miroir dans lequel Hollywood adore se contempler. Ces films-là sont reconnus et récompensés par ceux-là même qui sont fustigés pour leurs vices: Sunset Boulevard (Wilder), The big knife (Aldrich), The player (Altman) et bien d’autres sont des charges virulentes contre le petit monde hollywoodien. A propos de Birdman, je pense à Quinze jours ailleurs de Vincente Minnelli (1962), pendant amer du très beau Les ensorcelés (1952), et j’y reviendrai.

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    bouger pour se sentir vivre

    Où en est la star de cinéma dans les années 2000, à l’époque des reboot, sequel, prequel, super-héros et du tout twitter ? Il n’est question que de ça dans Birdman de Alejandro Gonzalez Inarritu. Reggan Thomson (Michael Keaton) est une star grâce à Birdman, une franchise de super-héros. Il est depuis devenu un has-been essayant de monter une adaptation théâtrale de Raymond Carver. La préparation de la pièce est une souffrance car Reggan doit affronter le birdman qui est en lui, excroissance monstrueuse de son égo de star, qui lui souffle que ce projet est nul. Il est aussi confronté à une palette de comédiens déjantés ou névrotiques joués avec enjouement par Naomi Watts, Edward Norton et Andrea Riseborough. On retrouve aussi Emma Stone qui joue la fille ex-junkie de Reggan, lui rappelant à l’occasion le ratage de sa vie de père. Tout ça met en péril les générales qui arrivent et se regarde avec amusement, mais ça n’est pas très original : une suite de clichés appuyés, prétextes à mettre en valeur les acteurs du film, qui se font mousser au maximum. Inarritu ne refait pas une version d’Opening night de Cassavetes qui parlait de la souffrance et des doutes des comédiens à l’approche de la première. Ici, la mise en scène tourbillonnante prime sur l’écriture des personnages et des situations. La valeur de Birdman réside dans cette caméra –oiseau mobile, voletante, simulant un tourbillon ininterrompu entre réalité et délire, une caméra elle-même transformée en un Icare qui vole et risque à tout moment de se brûler et de s’écraser. La condition de star, acteur ou réalisateur est celle-ci selon Inarritu : bouger en permanence pour vivre et se sentir vivre, carburer à l’ego, à la toute-puissance, pour ne pas devenir un raté. Reggan a besoin de se sentir voler, comme toutes les stars de son espèce car il sait qu’il doit sans cesse bouger et dominer les événements pour ne pas s’écraser. Ce qui vaut pour un acteur vaut aussi pour le réalisateur mexicain : il est aujourd’hui un « génie » célébré par la mecque du cinéma, qu’en sera-t-il demain, après un éventuel échec ?

    de la merde et de l’Art

    Reggan a débuté sa carrière en récitant sur scène du Carver et il se retrouve quelques années après à faire le super-héros dans un costume ridicule. L’imposture et le grotesque ne sont jamais loin. C’est le lot permanent à Hollywood : faire de la merde pour le grand public mais en gardant à l’esprit qu’il y a aussi de l’Art dedans et que tous viennent de là. D’où le regard compréhensif porté sur le projet théâtral de Thomson. Certes, il monte la pièce de Carver pour regonfler son ego d’un succès. Mais il se considère avant tout comme un artiste et a foncièrement besoin qu’on le prenne au sérieux. Il mise sur un projet, il prend un risque, crie-t-il à la figure de la critique new yorkaise qui n’a que mépris pour lui. C’est l’histoire récurrente des acteurs célèbres : un Shia LaBeouf qui joue dans l’horrible Transformers de Michael Bay ET dans Nymphomaniac de Lars Von Trier. Pour une star, la légitimité commerciale ne vaut rien sans légitimité artistique.

    Quinze jours ailleurs

    Birdman, c’est donc une forme d’autoportrait critique du monde du cinéma, avec tout le côté divertissant d’une production hollywoodienne. Il y a de la satire mais ça reste très édulcoré à côté de productions passées. Le film m’a fait beaucoup penser à Quinze jours ailleurs de Minnelli dans lequel Kirk Douglas jouait une star déchue qui accepte de se remettre en cause lors d’un tournage à Rome. Là où Birdman est volontairement virevoltant et survole ses personnages, le film de Minnelli est le constat profond et cruel de la condition hollywoodienne. Dans un style théâtral dominé par des dialogues et confrontations, les relations humaines y sont décrites dans toute leur férocité et on attend longtemps avant de trouver une rédemption pour le héros. Kirk Douglas y frôle le suicide et le film le tragique. Birdman est loin de ça tout comme il est loin d’All about eve de Mankiewicz, autre tableau féroce sur la célébrité. Par son côté superficiel, il me fait penser au Celebrity de Woody Allen mais dans une version réussie. Pas un chef-d’œuvre donc mais un film habile et enjoué dont on comprend qu’il ait plu à l’industrie du divertissement, qui lui a donné quatre Oscars.