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2016, très belle année de cinéma

2016 : année de cinéma aussi passionnante que l’actualité aura été dégueulasse. 2016 a été une année idéale pour se réfugier dans les salles obscures même si beaucoup de films ont fait écho aux horreurs du monde. Je me souviens de Moi, Daniel Blake (Loach) aussi bien pour sa fin triste que pour les minutes qui ont suivi ma sortie du cinéma. Je marchai avenue de Flandres (Paris 19) où s’entassaient sur plus d’une centaine de mètres les tentes de migrants. La désolation du film se prolongeait dans la rue, bien plus intensément.

En 2016, les films que j’ai préférés sont les suivants :

Toni Erdmann : parce que c’est un film drôle et sinistre qui met tout son cœur à nous faire aimer la vie dans un contexte des plus désespérants : la vie solitaire d’une expatriée dans la Roumanie essorée par les multinationales. Maren Ade a réalisé pour moi le film le plus original de 2016.

Diamant noir : parce que dans ce film noir d’Arthur Harari, le beau Niels Schneider joue un personnage tragique digne du Lantier / Gabin de La bête humaine (Renoir). Cet homme lesté d’une hérédité trouble cherche sa vérité dans le milieu fermé des diamantaires anversois. Pas courant dans le cinéma français cette veine romanesque à la Zola.

Elle : parce que c’est du Chabrol abâtardi par un hollandais ricanant. Isabelle Huppert y joue la reine des tordues, à laquelle Verhoeven adjoint une cours de personnages tout aussi pervers. La trame du thriller n’est pas très rigoureuse mais ce film s’amuse à tremper dans le malsain les plus beaux spécimens de la bourgeoisie française.

Juste la fin du monde : parce que Xavier Dolan utilise les stars du cinéma français comme un orchestre de solistes tonitruant. Chacun joue sa brillante partition sans pouvoir s’accorder aux autres. C’est bien souvent dans les réunions de famille, au milieu des siens, qu’on se sent le plus seul. Après Mon roi, Vincent Cassel est encore prodigieux.

Julieta : parce que Pedro Almodovar dirige ce mélodrame simple d’une main souveraine. Il est parvenu à faire de cette femme abandonnée par sa fille unique une héroïne tragique, un personnage de la mythologie croyant semer la malédiction autour d’elle. Chez l’espagnol on retrouve cet art pointilleux de la couleur, des costumes et des décors qui en disent plus qu’une page de dialogue. On a beau s’y attendre, c’est un vrai maître !

Café society : parce qu’après tant de films, pour certains mauvais (Scoop, Blue Jasmine, To Rome with love), Woody Allen arrive à m’émouvoir avec une histoire très sentimentale d’occasions manquées. D’une photographie luxueuse, digne des tableaux de Tamara Lempicka, il rend un hommage attendri à l’âge d’or d’Hollywood et à Fitzgerald. Jesse Eisenberg et Kristen Stewart se croiseront sans pouvoir s’aimer, hélas !

Les ogres: parce que j’ai aimé suivre sur les routes de France cette troupe débraillée de saltimbanques jouant du Tchekhov. Parce qu’avec ses accents généreux et slaves, ses disputes homériques et ses coups de cafard,  le film de Léa Fehner bouscule les convenances psychologiques et sociologiques du cinéma français. De plus, on y découvre en M. Déloyal un fabuleux comédien : Marc Barbé.  

Mademoiselle : parce qu’il fallait mettre un représentant de ce cinéma coréen outrancier que j’aime tant et que celui-ci surpasse The strangers et Dernier train pour Busan. Parce que Park Chan-Wook n’a pas peur de marier romance lesbienne, cruauté sadienne, thriller, peinture et manuscrits précieux pour raconter une histoire de libération féminine.

Les huit salopards: parce que c’est mon mauvais goût à moi ! Un film ultra-bavard, crasseux et violent qui aurait dû me dégouter pour longtemps de Tarantino. Au contraire ! Huis-clos débordant de haine et de mauvais esprit contre l’Amérique à la Walt Disney, comme une prémonition de l’élection de Donald Trump…

Paterson : parce que les cheveux noirs de Golshifthe Farahani, étalés sur l’oreiller, c’est de la poésie qui jaillit dès le réveil.

Sinon, il y a eu d’autres films, honorables ou excellents qui auraient pu figurer dans ce classement mais qui ont manqué pour moi d’un quelque chose qui  ne s’explique pas toujours : Carol, Aquarius, Manchester by the sea, The strangers, Moi Daniel Blake, Dernier train pour Busan, Merci patron, Ma loute, La loi de la jungle, Nocturama, Premier contact

Petite mention (positive) à Comancheria de David Mc Kenzie. Ce film classique ne révolutionne rien mais il a la beauté et la solidité d’un western d’antan. Deux frères (Ben Foster, Chris Pine) braquent des banques pour sauver la propriété de leur mère menacée d’une saisie. Ils sont poursuivis par un rangers bourru joué par Jeff Bridges, personnage symbolisant la justice immanente censé s’abattre sur les criminels. On a beau être au Texas, contrée qui ne rigole pas avec le crime, le scénario nous montre comment un fait divers peut se légitimer dans une lutte désespérée entre prolétaires et compagnies qui pillent ce pays autrefois prospère. Le film parvient à être glamour par l’intermédiaire du charismatique Chris Pine, tout en étant social. Le Texas y est un personnage à part entière de Comancheria. La caméra nous le montre dans sa réalité crue : petits villes ennuyeuses, peuplées de gens appauvris et besogneux, terre aride, mutilée par les puits de pétrole.

Petite mention (négative) à the Assassin de Hou Hsia-Hsien. Avant que cette année ne s’achève, je me suis dit que je ne pouvais pas manquer le « chef d’œuvre » du maître taïwanais. Craignant qu’à l’issue d’une grosse journée de travail, il ne provoque les mêmes effets soporifiques qu’un Apichatpong Weerasethakul, je décidais de le visionner en VOD un samedi de vacances, l’organisme densément pourvu en caféine, au cas où. Hélas, ce film adoré de la critique est tellement hermétique et désincarné qu’il m’a assommé. Certes il est splendide visuellement mais comme la plupart des films à costumes asiatiques. Certes la sublime Shu Qi joue, ô paradoxe, un assassin qui n’assassine que rarement et j’aurais dû être sidéré par tant d’audace. Mais cette histoire assez simple quand on lit le résumé, est narrée de manière si obscure ! A moins que vous ne soyez titulaire d’un doctorat en sinologie ou que le plissement délicat et imperceptible d’une soie éclairée à la bougie provoque en vous des torrents de ravissement, vous en sortirez en état de somnolence avancé. Quand des critiques commencent par vous dire qu’en fait il ne faut surtout pas chercher à comprendre l’intrigue et qu’il ne faut surtout pas confondre ce film de sabre (wu-xia pan) avec un film de sabre, qu’il faut avant tout se laisser emporter (mais par quoi exactement ?), c’est qu’il y a un léger problème…

Conclusion : 2016, année de cinéma hybride, impur, imparfait où les genres ont été plutôt malmenés, pas toujours avec réussite mais c’est tant mieux !

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