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Le grand jeu (Aaron Sorkin)

Voilà un biopic réalisé par le scénariste de Steve Jobs et de The social network. Celui-ci nous raconte comment Molly Bloom (Jessica Chastain), ex-championne de ski, est devenue une organisatrice de pokers clandestins auxquels participaient célébrités, hommes d’affaires et malfrats. Son ascension, sa chute, sa rédemption. Avant d’entrer dans les détails du film, je me pose la question : qu’a fait Molly Bloom d’exceptionnel pour qu’on lui consacre 2H20 de film hollywoodien ? A-t-elle fondé un empire économique ? A-t-elle filouté des millions d’honnêtes citoyens ? Est-elle comme le Jordan Belfort du Loup de Wall Street le symbole d’un système corrompu ? Non, les enjeux de ce grand jeu ne semblent pas se situer dans la condamnation morale ou la critique d’un système. On parle ici d’un parcours personnel exceptionnel.

Mark Zuckerberg a fondé Facebook suite à un échec amoureux. La destinée de Steve Jobs est liée à un traumatisme originel. Ici Molly Bloom, programmée pour être une championne, se réinvente en maîtresse de jeu suite à un accident qui a brisé sa carrière de skieuse. Comment un événement fondateur engendre la réussite fulgurante de personnes intellectuellement brillantes mais solitaires. Comment les capacités stratégiques, doublées d’un sens absolu du contrôle permettent à des outsiders de devenir des winners. Mais la win a un goût amer : Sorkin fait le portrait de gens à la destinée exceptionnelle mais malheureux, sans amis. Bon, d’accord le système scénaristique est connu / rodé mais est-ce que ce sont là des raisons suffisantes pour aller voir Le grand jeu ?

Avant tout un scénariste

C’est sur-écrit, sur-dialogué, premier degré et didactique au possible. On dira qu’Aaron Sorkin a l’excuse d’être avant tout un scénariste. Il a suivi au mot près son abondant script, sans jamais laisser le spectateur regarder par lui-même. La voix-off de Molly Bloom est tellement présente qu’il est difficile de se fixer sur la réalisation. Par moments, c’est stupide. Devant son miroir, Molly montre un visage tuméfié par un méchant mafieux et il faut que sa voix off nous explique à quel point elle est amochée !  La réalisation décline les motifs du film sur le pognon comme on en a vu plein dans le cinéma américain. C’est un ersatz de mise en scène voyante et sur-découpées avec tables de jeux, billets de banque, signes extérieurs de richesse en inserts, drogues à gogo (mais bizarrement Molly Bloom n’a jamais l’air d’une junkie !). Un peu plus de sobriété mais beaucoup de dialogues démonstratifs dans sa partie judiciaire. Le film met en valeur la plastique avantageuse de Jessica Chastain mais reste très prude par ailleurs. Rien de toute façon ne vient perturber la mécanique scénaristique ultra-contrôlée, même pas de soi-disant membres de la mafia russe.

Une battante

Il y aurait pu y avoir une forme de bluff sur la personnalité de l’héroïne. Le scénariste-réalisateur aurait joué une partie de poker avec le spectateur. Molly Bloom : une fille bien ? Une arriviste cynique ? La réponse est dénuée d’ambiguïté. Molly Bloom est une battante, une fille de caractère élevée dans la religion de la réussite, qui a dû s’adapter pour survivre. Le grand jeu est en cela un film archi-américain, écrit pour le public US, sans un gramme de subtilité. Le spectateur est comme l’avocat de Molly, joué par Idriss Elba, il s’attache à elle, c’est de toute façon (sur)écrit d’avance ! Pouvait-on imaginer le portrait à charge d’une fille de Telluride (Colorado), championne de la life, issue d’une famille bien sous tous rapports ? Si Aaron Sorkin a voulu bluffer comme au poker, il n’a trompé personne. Son héroïne est peut-être habillée comme une star du porno mais elle ne couchera avec personne et ne dépassera jamais les limites de la bienséance ! Après moult flashbacks, tout cela (attention spoiler) se règlera gentiment dans les bras de papa Kevin Costner pour une mise au point psychanalytique assez risible : mais pourquoi ce mauvais père (qui trompait Maman) l’a-t-il moins aimée que ses frères ? Gross traumatisme qui est la cause de tout !

Deux fois dans le film un homme impose à Molly un rapport de force. On nous fait comprendre qu’elle n’a pas la réussite de son intelligence, sans doute parce qu’elle est une femme. Le grand jeu est-il un film féministe ? Par certaines observations sans doute mais son héroïne ne l’est pas vraiment. Elle survit dans un monde d’hommes, les tenant par le jeu et sans jamais coucher. Elle a certes du caractère mais au lieu d’organisatrice de jeu, elle aurait pu être proxénète. Féminisme assez limité, donc.

Les 2H20 passent vite mais sans doute pas pour les bonnes raisons. Le Grand jeu est aussi lisible que le poker est imbittable pour les non-initiés. Les fans de Jessica Chastain, superbe néanmoins, seront aux anges…

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