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scorsese

  • Silence (Scorsese): pesant et aride

    Après la débauche flamboyante du Loup de Wall Street, Silence de Martin Scorsese est un film frustrant pour qui aime le réalisateur. C’est le plus austère et inhibé de sa filmographie, sur un sujet, la foi, qui n’est pas des plus faciles à mettre en image.

    Au 17ème siècle, les chrétiens sont persécutés par les autorités japonaises. On supplicie des fidèles et leurs prêtres missionnaires pour qu’ils abjurent leur foi. Le père Ferreira (Liam Neeson), soumis à cette inquisition, ne donne plus de nouvelles au point d’être suspecté d’avoir renoncé. Les pères Garupe (Adam Driver) et Rodrigues (Andrew Garfield), anciens élèves de Ferreira, décident de partir au Japon, poursuivre le travail de mission et retrouver leur maître. Arrivés sur l’archipel, en pleine persécution, ils endurent à leur tour la traque des autorités et les épreuves pour ne pas renoncer à leur foi.

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  • Le loup de Wall Street: let's party!!!

     

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    Oubliez Taxi Driver. Oubliez Raging bull. Oubliez Casino. Le loup de Wall Street n’est pas de ce bois-là et pourtant il n’est pas mauvais du tout. Il est même très bon malgré une demi-heure de trop sur trois heures de temps. Le film fonctionne comme un mix de comédie déjantée et de teen-movie et ça n’a rien d’ironique sous ma plume. Reprenant une histoire vraie, Scorsese dresse le portrait de Jordan Belfort (Leonardo Di Caprio), un monsieur tout-le-monde, beau, propret, femme coiffeuse, qui devient en quelques années un des rois de Wall Street, par ses dons hors du commun de vendeur et d’escroc. Les clichés sur Scorsese ont été ressortis pour ce film : autodestruction, descente aux enfers, cauchemar américain. Et pourtant, le loup de Wall Street ne colle pas vraiment à ça car plutôt que de se répéter, Scorsese est allé se purifier à l’eau des nouvelles tendances du cinéma américain. Si on regarde bien, il y a des traces de Very Bad Trip et des comédies Apatow dans ce film. Non, ne froncez pas les sourcils. Qui interprète et plutôt bien Donnie Azoff, l’associé de Jordan ? Jonah Hill, le petit gros qui jouait l’adolescent en manque dans l’épatant SuperGrave (2007). D’ailleurs la rencontre entre Jordan et Donnie a tout de celle entre deux ados qui ont envie de faire des conneries ensemble. Le schéma est à peu près le suivant, quand Donnie aborde Jordan : « hé mec, j’ai vu qu’on habite dans le même coin, tu as l’air super-cool avec ta voiture, on devient copain ? » et le plan suivant, on les retrouve, tels deux gamins frondeurs, à fumer du crack en cachette. Ils sont copains maintenant et peuvent donc lancer leur boîte, s’enrichir et faire la fête. Ce qui suit pendant 3 heures, c’est un carnaval de bas instincts, une collision entre Springbreakers et Project X à Wall Street, dans laquelle se bousculent sans interruption drogues, baises et dollars. Si le film est déroutant pour un Scorsese, c’est par son côté grotesque totalement assumé, farce sans frein où des personnages sans âme s’enfoncent sans rien apprendre. On voit une bande de gamins cupides qui se seraient donné comme mot d’ordre un « let’s party » ininterrompu. Le loup de Wall Street est une comédie donc et on reconnaît les bonnes comédies aux scènes mémorables qu’elles laissent en mémoire. Le film en compte plusieurs: le cours accéléré de Wall Street way of life donné par Matthew Mc Conaughey, l’arrivée de Jordan dans la firme de courtage bas de gamme, la nuit de défonce aux lemmons, le discours d’introduction de Steve Madden, etc. Plutôt rigoler finalement que de nous servir un discours convenu sur les excès du capitalisme financier. En digne rejeton du Nouvel Hollywood, ayant eu quelques accointances avec la poudre, le cinéaste a peut-être vu aussi quelques points communs entre la démesure de Wall Street et celle d’Hollywood, le sentiment d’invincibilité qu’on a quand on a tout ce qu’on veut.

    Si le film perd un peu de sa force, pendant sa dernière heure, c’est parce que après la fête vient la gueule de bois et la (trop) lente débandade. Mais Jordan Belfort ne se repent pas, ne se convertit à rien du tout. Il a déjà sa religion, celle du dollar, et ses fidèles disciples courtiers, qu’il harangue comme un gourou. Simplement, il est rattrapé par une société qui regarde d’un mauvais œil les excès voyants. A la fin, est-il damné, rejeté, malheureux ? Non, pas du tout. Son seul regret est d’avoir dû quitter sa firme et dénoncer ses copains. Sinon, il est devenu mythe, le loup, « wolfie » comme disent ses employés et il anime des séminaires pour apprendre aux gens à s’enrichir. Il ne peut pas être exclu d’une société et d’un système qui ont besoin de lui. On se rend compte alors que seule la comédie pouvait rendre l’histoire de Jordan Belfort crédible. Il n’était pas possible de chercher la rédemption pour quelqu’un qui n’a pas d’âme, cela aurait sonné faux. Seule la comédie pouvait montrer la course à l’argent de la classe moyenne américaine (pas seulement américaine) dans ce qu’elle peut avoir de plus vulgaire et de plus stupide. Rien ne résiste d’ailleurs à l’argent dans le film, ni l’amour, ni la famille, qui semblent exister à peine. On cherche en vain le moment d’une remise en cause morale, qui sonnerait de toute manière hypocrite. Le seul moment d’effroi, mais c’est un détail dans le film, passe quand on rase une secrétaire de Stratton Oakmont et qu’on surprend son regard apeuré, incrédule, devant cette meute de brokers transformés en animaux en rut. Pour Belfort, renoncer à cette vie et arrêter de se comporter comme un loup serait s’exclure de cette société qui dans le fond encourage la cupidité, l’hédonisme et l’esprit de compétition. De toute façon, il ne se pose jamais la question. A travers Jordan Belfort, le film fait notre portrait à tous, nous enfants de la société de consommation. Nous nous en défendons mais désirons au plus haut point le fric, le plaisir, la fête. Nous ne voulons pas être pauvres : « there’s nothing noble about being poor » assène Belfort. Tout cela s’étale en permanence sur les écrans et attise nos envies: clips MTV, Kardashian, Kanye West, Nabilla, Paris Hilton, les people… mais putain, si j’étais riche à ne plus savoir que faire de mon argent, est-ce que je ne commencerais pas par me payer les meilleures drogues et par partouzer au bord d’une piscine géante ou dans un Hummer plaqué or ???

  • Scorsese tout près de s'échouer sur Shutter Island

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    Shutter Island commence par une image splendide. Un fond blanc laiteux laisse doucement apparaître les contours gris et fantomatiques d'un ferry. Le mystère est inscrit dans le film dès son ouverture. Deux US marshalls, joués par Leonardo Di Caprio et Mark Ruffalo sont sur un bateau, une enquête commence. Une femme s'est échappée de la prison-asile psychiatrique située sur Shutter Island, on navigue dans les eaux troubles d'un polar estampillé fifties. Un polar oppressant comme les migraines du marshall Teddy Daniels (Di Caprio) et comme la partition pompière qui leur fait écho. Elle accompagne de fracas glaçants nos deux enquêteurs dans leur première vision de la prison et de ses dépendances : 3 bâtiments, un phare. Cette prison n'est pas même une vraie prison puisqu'il n'y a pas de prisonniers mais des patients. Cette prison cache bien des secrets puisque l'accès au bâtiment C, celui des patients « dangereux », demeure interdit à nos deux marshalls. Et que dire de ces médecins, joués par Ben Kingsley et Max Von Sydow, qui ont l'air de cacher quelques délicats secrets ? Une tempête gonfle dans le ciel, on se prépare à plonger dans l'horreur.

    L'évocation de cette entame magistrale est d'autant plus douloureuse que la suite du film n'est pas à la hauteur de son intense quart d'heure d'exposition. Il y a une enquête à mener, portant sur la disparition et sur la nature même de Shutter Island (qu'abrite réellement l'endroit ?). Il y a une psyché à explorer, celle du marshall Daniels, homme tourmenté par le deuil de sa femme et par les visions du camp de Dachau, découvert pendant la guerre. Hélas, Scorsese ne parvient pas à mener de front ses deux enquêtes, policière d'une part, psychanalytique d'autre part. Le film perd son rythme et s'embourbe progressivement, balançant entre flashbacks lourdingues et superbes fulgurances. La découverte attendue du bâtiment C s'annonçait comme un des points d'orgue du film. Elle fait hélas penser à une copie maladroite du Silence des agneaux, où rien ne semble inspiré ni surprenant. L'image d'Elias Koteas recroquevillé dans sa cellule, le visage couturé comme un sous De Niro échappé de Frankenstein, a un goût de déjà vu frustrant. En revanche, l'exploration du phare, lieu fantasmé d'expériences sur les humains, donne lieu à un moment sublime et angoissant où convergent brisure psychanalytique digne de Vertigo (Hitchcock) et délires paranoïaques rappelant Un crime dans la tête (Frankenheimer). C'est le meilleur passage du film et comme par hasard l'un des seuls surprenants, où Scorsese, en puisant dans les trésors de sa cinéphilie, réussit à métaphoriser le gouffre vertigineux qui se creuse dans la tête de Daniels.

    Shutter Island frôle parfois le chef d'œuvre qu'il aurait pu être. Scorsese s'en sort grâce à son savoir-faire et à la beauté de sa reconstitution mais sa mise en scène se révèle dépourvue d'idées neuves. Sa réalisation linéaire cahote et se fait par moments incroyablement pataude et « premier degré ». L'œil du spectateur, emprisonné dans le luxe de la photographie, n'est que peu embarqué sur des chemins en trompe-l'œil. Scorsese ne joue pas, ne crée pas de labyrinthe. Au contraire, il se contente de diriger son héros dans un couloir faiblement éclairé dont il bouche les bifurcations possibles. Saturée de flashbacks, la mécanique du film est trop peu subtile pour que le spectateur perde réellement pied, saisi à son tour par la paranoïa. On aimerait bien ne pas connaître tout ce qui se passe dans la tête de Teddy Daniels. On aimerait au contraire lui donner la main, craintif, comme à un homme dont on ne sait s'il est lucide ou détraqué.

    Avec les minutes, le récit se fait mécanique. Le retournement de situation qu'il propose en guise de conclusion est prévisible. Le moment de vérité tant attendu, ultime flashback d'une longue série, arrive éventé malgré la conviction qu'y mettent les acteurs. Bien que le final retrouve quelque peu l'intensité des premières minutes du film, on sort de Shutter Island déçu, un peu surpris même par le manque d'inventivité et de puissance de la mise en scène.