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Un jour de pluie à New York (Woody Allen)

Wonder wheel (2018), pourtant défendu dans ce blog, avait laissé à beaucoup une impression mitigée, voire hostile. Dans ce mélodrame clinquant et chargé, porté par l’excellente interprétation de Kate Winslet, la légèreté cédait le pas à l’aigreur et au pessimisme. Les schémas narratifs semblaient assez usés. Peut-être que les problèmes personnels du réalisateur, sa mise au ban d’Hollywood, causés par de très graves accusations d’agression sexuelle, avaient influé sur l’esprit du film. Un jour de pluie à New York est en comparaison une très bonne surprise. Woody Allen, en se relocalisant à Manhattan, au cœur de la société riche de New York, a retrouvé une vigueur et un registre virevoltant. Scarlett Johansson puis Emma Stone avait déjà régénéré son cinéma. L'utilisation plus affirmée d'acteurs jeunes a stimulé son énergie et sa créativité.

Gatsby (Timothée Chalamet) et sa copine Ashleigh (Elle Fanning) passent un weekend en amoureux à New York. Ashleigh doit interviewer le célèbre réalisateur Robert Pollard (Liev Schreiber) mais y perd sa journée en péripéties tandis que Gatsby revoit la piquante Chan (Selena Gomez), petite sœur d’une de ses ex. Woody Allen est un habitué des situations stéréotypées et on voit se dessiner pour le jeune homme blasé qu’est Gatsby une situation fertile en atermoiements. Vaut-il mieux s’accrocher à Ashleigh l’ingénue tartignolle vivant dans le présent ou bien faire plus ample connaissance avec Chan qui semble plus mûre et avoir les mêmes goûts ? A contrario d’Ashleigh, Gatsby est dépeint comme un être cérébral et tourné vers le passé. On comprend que leur couple ne pourra pas durer.

D’emblée, Gatsby/Allen désigne en voix off New York comme catalyseur d'énergies. Comme il le dit, cette ville libère l’angoisse et la paranoïa. On s’amuse des nombreuses scènes dialoguées où les new-yorkais apparaissent dans leur dimension la plus snob et pédante qui soit. Pour des jeunes cultivés, créatifs ou arrivistes, New York est le terrain propice des ambitions et des désirs. Ashleigh, riche héritière et ex-miss multiplie les maladresses en présence de Robert Pollard ou de son scénariste Ted Davidoff (Jude Law). Elle défaille quand survient l'acteur Francisco Vega (Diego Luna). Malgré son côté clownesque, elle est mue par l'ambition, le besoin de se valoriser au contact des célébrités et des gens qui réussissent, attitude que fuit Gatsby. La juvénile et désirable jeune femme permet aux hommes d’entretenir leur vanité tout en se donnant des chances de réussir. Woody Allen utilise ce schéma misogyne pour illustrer l’énergie libidinale qui imprègne New York. La vie est vécue ici comme une compétition, on le sent lorsque Gatsby rencontre Troller (Ben Warheit), ex-camarade de lycée. Les hommes rivalisent par la culture, les femmes ou la réussite matérielle. New York, avec ses musées, ses palaces et ses appartements riches a beau constituer un cadre très raffiné, la réalité est à une forme de sélection naturelle y compris dans le choix de sa compagne.

La délicatesse et la dorure de la photographie de Vittorio Storaro qui magnifie un New York très touristique ne pourront faire oublier un propos un peu plus sombre qu’il n’en a l’air. Gatsby, accroché à des œuvres aussi passéistes que son prénom, n'est pas à l'aise dans la haute société et ses valeurs matérielles. Il nie avoir quoi que ce soit en commun avec les jeunes gens "riches et cocaïnés" de son milieu. Il a tout de même quelques armes pour réussir: il est non seulement très cultivé mais intelligent comme le montrent ses gains au poker. Si les hommes sont plus ou moins à l’aise sur les terrains de la compétition, les femmes sont hormis Chan renvoyées à une forme de prostitution pour réussir. Le motif apparaît plus de fois qu’il ne faut pour ne pas être central. Ashleigh ne se prostitue pas au sens propre mais par ambition accepte d’être le jouet des vanités et désirs masculins. Allen préfère sans doute aux fausses ingénues superficielles et intéressées comme elle les ambitieuses plus franches et cultivées comme Chan.

Le film est drôle malgré son sous-texte pessimiste et ses schémas rebattus. Le rythme des dialogues et des situations rappelle les comédies hollywoodiennes raffinées des années 30-40. Certes le dénouement est un peu bâclé et la moquerie cruelle pour le personnage d’Elle Fanning mais l’ensemble est très plaisant. Grâce à de jeunes visages d’Hollywood, le créateur croit plus que jamais à son art, à 83 ans.

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