Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Wonder wheel (Woody Allen)

Dans le parc d’attraction de Coney Island, sous les yeux de Mickey (Justin Timberlake), maître-nageur, apprenti dramaturge et narrateur, des individus malheureux rêvent à une vie meilleure. Nous sommes dans les années 50 et le parc est en crise. La famille recomposée que Woody Allen décrit sert de refuge financier et affectif pour ses personnages. Ginny (Kate Winslet) est une ancienne comédienne devenue serveuse. D’un premier mariage brisé par son infidélité, elle a eu Richie (Jack Gore), un garçon lunatique aux tendances pyromanes. L’enfant déteste son beau-père Humpty (James Belushi), un forain qui ne dédaigne pas la bouteille et cogne parfois Ginny. Humpty est veuf et a eu une fille, Carolina (Juno Temple), qu’il a toujours adoré. Carolina s’est mariée très tôt avec un gangster, qu’elle fuit en se réfugiant chez son père à Coney Island. Elle compte reprendre des études pour refaire sa vie. Tous y compris Mickey aspirent à l’amour et à la réussite matérielle. Le début du film est comme une ligne de départ pour chacun des personnages.

 

La petite musique allenienne

La famille de Wonder wheel ressemble par la déchéance de ses membres à celle d’Un tramway nommé désir, mis en scène par Elia Kazan en 1951. Wonder wheel est un hommage aux mélodrames théâtraux de Tennessee Williams ou d’Eugene O’Neill mais emprunte la voie classique des films de Woody Allen. Dans la première heure du récit, chaque personnage tombe dans l’illusion d’un bonheur possible. Les deux sources de cette illusion sont l’amour et l’Art. Ginny entame une liaison avec Mickey, rêvant du grand amour et de redevenir comédienne. Elle aspire aussi à guérir Richie de ses tendances incendiaires. Humpty, homme simple qui joue à la loterie rêve d’une vie tranquille (pêche, bowling) avec Ginny, qui déteste ses activités. Il veut offrir un nouvel avenir à Carolina dont il loue la grande intelligence. Tout en se conformant aux projets paternels, Carolina ne serait pas contre une histoire d’amour avec Mickey. Mais la nature humaine et les hasards du destin détruisent les possibilités du bonheur. La mécanique éprouvée du réalisateur sera de dissiper les illusions des personnages et de précipiter leur malheur.

La petite musique allenienne est plan-plan quand il s’agit de décrire la liaison entre Mickey et Ginny. L’emmenant au jardin chinois en dehors de Coney Island, l’apprenti artiste initie la femme mûre aux beautés de l’art. S’ajoute le ravissement de la jouissance sexuelle. Schéma récurrent dans sa filmographie, qui correspond à une vision des rapports homme-femme soumis à la vanité et au désir. Le jeune homme satisfait d’une liaison torride ne se pose pas de questions tandis que la femme tombe amoureuse, s’illusionne et devient mégère. Cette structure narrative traduit un pessimisme profond chez Allen.

Ginny, personnage-somme

C’est au moment où débute la concurrence sexuelle entre Ginny et Carolina que se joue le meilleur du film. Mickey était la voix familière d’Allen jeune, tiraillé par ses désirs contradictoires entre plusieurs femmes. Ginny prend un relais plus désespéré, appuyé par le jeu très accompli de Kate Winslet. Ginny est un personnage-somme résumant les angoisses et le pessimisme noir de Woody Allen. Il livre un autoportrait au féminin très émouvant auquel l’actrice donne un ton tantôt rageur tantôt déboussolé. Elle se sent coupable d’avoir brisé son mariage par infidélité. Elle est angoissée par le passage du temps et la concurrence d’une femme plus jeune. Elle est terrorisée par les tendances destructrices de son fils. Elle se rend compte que l’amour, la famille ou l’art sont des mirages.

Dans le délicieux Café Society s’exprimait sur un mode rêveur la nostalgie fitzgéraldienne des amours manqués, ici domine l’accablant constat d’une chienne de vie. Tel l’Amérique, Coney Island est cet univers artificiel et sans âme où on s’englue, accroché à un boulot minable. L’argent qui manque ou qu’on se vole est omniprésent, accentuant les frustrations. Les personnages sont ici les victimes des fatalités du hasard, de l’âge ou de la condition sociale et le seul enfant issu de cet univers est une bombe à retardement.

Avec son arrière-plan misérabiliste, sa théâtralité appuyée, dénuée d’humour, Wonder wheel est parfois pesant et artificiel. Une impression renforcée par la photographie voyante de Vittorio Storaro. Alors est-ce un grand, un bon, un mauvais film du new-yorkais ? Pour moi c’est un film valable, remarquablement joué, d’autant plus intéressant que les remugles familiaux exhibés ici (infidélités, fils dysfonctionnel, concurrence mère-belle-fille…) semblent calqués crument sur la vie personnelle de Woody Allen. Cet aspect hélas voyeur ajoute un petit supplément d’intérêt à ce qui n’est pas le meilleur film de son auteur.

Écrire un commentaire

Optionnel