Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Shéhérazade (Jean-Bernard Marlin)

La tradition naturaliste héritée de Zola a marqué le cinéma français depuis Renoir (Toni, La bête humaine bien sûr). Un courant minoritaire mais bien vivant nous emmène dans les milieux les plus pauvres de la société française. On parle surtout de précaires (Je ne suis pas un salaud de Finkiel ou Une vie meilleure de Cédric Kahn), parfois d’ouvriers (En guerre de Stéphane Brizé), plus rarement d’individus marginalisés que la société peine à sauver (La tête haute d’Emmanuelle Bercot). Shéhérazade a pour héros un jeune voyou et une prostituée, catégorie de personnage sans réelle famille, vivant dans la rue ou les foyers pour jeunes délinquants.

Il m’a rappelé le poignant Khamsa de Karim Dridi (2008), portrait d’un jeune gitan marseillais qui tombe dans la délinquance. Même contexte de débrouille, de survie, de violence. Le décor du premier film de Jean-Bernard Marlin est celui des quartiers Nord. Zach (Dylan Robert), un jeune homme sorti de prison rencontre Shéhérazade (Kenza Fortas), une adolescente qui fait le trottoir. A la fois petit copain et maquereau, Zach prend la jeune femme sous son aile. Mais ses sentiments pour elle ne vont pas de soi dans le milieu de dealers qu’il fréquente…

Tendresse et sentiments

Filmé caméra à l’épaule dans les pas de Zach, restituant grâce à ses acteurs non professionnels la langue et les intonations du coin, Shéhérazade a tous les marqueurs de la fiction naturaliste à caractère documentaire. Les dialogues sont plus courts que chez Kechiche mais c’est le même style vériste, spontané qui les anime. L’œuvre sonne juste en tout cas et, bien que saturée de lumière méditerranéenne, a tout pour raconter une histoire glauque et désespérante. Or, surprise, Marlin se concentre sur les sentiments et la tendresse entre Zack et Shéhérazade. Il y est question d’argent et de conquête de territoire mais pas tant que ça. Une grande part du film est consacrée au manque affectif de Zach, à sa relation frustrante avec sa mère, à son besoin de se rattacher à quelque chose, aux « collègues », aux amis d’enfance et à Shéhérazade justement. Oui, on peut être au plus bas de la société, être considéré comme de la « racaille » et avoir des sentiments, c’est évident mais rarement montré à l’écran.

Le registre intime et léger des dialogues, parfois teintés d’humour, désamorce la violence des situations. Il ne faut pas oublier que ces personnages sont jeunes, qu’ils gardent en eux beaucoup d’infantilisme et de mièvrerie – image récurrente de Shéhérazade suçant son pouce. Ce n’est sans doute pas un hasard si Zach se retrouve un moment dans une chambre de foyer occupée par des petits. On est face à des individus qui ont mal grandi, qui n’ont pas les mots pour tout dire et tout comprendre – Zach se met en colère quand l’infirmière lui dit des mots qu’il ne comprend pas.

Éthique de cinéma

Marlin démontre en tout cas une vraie éthique de cinéma. Utilisant beaucoup le hors-champ ou le flou de sa photographie, il évite les scènes choquantes alors que l’histoire qu’il raconte parle de passes dans des cages d’escalier, de viol ou de règlements de compte. Oui il y a de la violence mais jamais de scènes appuyées de sexe et de nudité. Ce n’est pas parce que les personnages sont un voyou et une prostituée qu’il faut les montrer de manière crue et dégradante. Le respect que Shéhérazade demande pour elle-même n’est pas feint. Shéhérazade, au nom de la conteuse des Mille et une nuits, est sans doute pour Zach, adolescent abandonné, aussi précieuse qu’une princesse. Ce respect et cet amour imprègnent la représentation que Marlin veut donner de ces jeunes marginaux.

Non seulement ce réalisateur a filmé juste et sans complaisance mais sa démarche de recherche d’authenticité a permis de révéler deux non professionnels aux profils proches de leurs personnages. Quand ils ont été choisis, Kenza Fortas était en rupture scolaire et Dylan Robert sortait de prison. Souhaitons à ces brillants débutants de futurs films aussi réussis que celui-là.

Commentaires

  • Bonsoir Jean-Bernard,

    Nous nous sommes rencontrés brièvement à la gare de Lyon vendredi dernier vers 20h, avec un des jeunes acteurs de votre film.
    Je sais que vous êtes pas mal "pris", cependant, je souhaite vous faire part de quelques unes de mes compositions et créations artistiques (textes, clips, idées sinopsys) pour que vous puissiez en prendre connaissance, partager avec vous, et pourquoi pas, avoir un projet.
    A bientôt j'espère.
    Merci pour cette brève rencontre en espérant avoir de vos nouvelles.
    Francis Tomaszewski (06.63.17.83.77)

  • Bonjour, je précise que ce blog n'est pas tenu par Jean-Bernard Marlin, au cas où ça vous aurait échappé. D'autre part, ça n'est pas non plus un site de rencontre ou de petites annonces avec les réalisateurs. Bon courage pour vos démarches...

Les commentaires sont fermés.