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Plaire, aimer et courir vite (Christophe Honoré)

Le dernier film de Christophe Honoré est clairement autobiographique. Le cinéaste partage de nombreux traits avec le personnage d’Arthur, interprété par Vincent Lacoste. Né et grandi en Bretagne, il a étudié à Rennes. Il a perdu son père à l’adolescence. Il est ouvertement homosexuel. Arthur est un double romancé de Christophe dont le regard sur ses années de jeunesse n’est jamais dépréciatif, tant mieux ! Les situations et les nombreux dialogues sont empreints de nostalgie, de douceur et de bonne humeur. Plaire, aimer et courir vite garde un ton léger de comédie, d’autant plus paradoxal qu'il est hanté par le SIDA.

Jacques (Pierre Deladonchamps), un écrivain séropositif, rencontre Arthur. Une romance se noue entre ces deux êtres qui ont quinze ans et une maladie d’écart. Surprise: malgré la gravité de la situation, le film est exempt de pathos. La tristesse et le deuil des proches sont présents mais Honoré privilégie dans ses dialogues le badinage et le flirt. Pour cela, il joue habilement des différences de registre entre ses deux principaux acteurs. Alors que Pierre Deladonchamps conserve une gravité et une forme d’agressivité rentrée, Vincent Lacoste compose un garçon drôle, spontané et désinvolte. Il est souvent irrésistible de naturel.

Les différences de caractère et de génération se complètent plus qu’elles ne s’opposent. Les affects se rejoignent harmonieusement : Jacques a besoin pour supporter la maladie de la tendresse spontanée d’Arthur qui lui, chasse le grand amour virile. Arthur exprime une volonté de jouir et un rejet de toute culpabilité qui donnent au film sa note dominante. Encore une fois, pas de pathos, pas de pleurnicheries, la vie est suffisamment sinistre ! Le titre du film décrit un programme sentimental auquel il faut s’accrocher. Continuer à flirter, à baiser, à aimer et à aller plus vite que la mort et la maladie.

Act up ? Surtout pas !

Aller à une réunion d’Act up ? Surtout pas ! s’écrie Jacques à un moment du film. Alors que 120 battements par minute de Robin Campillo résonnait des mots de maladie, de médicaments, d’urgence et de politique, Plaire, aimer et courir vite souligne surtout l’urgence d’aimer, de créer, d’admirer. Les deux films n’ont de toute façon pas de réels points communs. Aux assemblées générales et aux débats survoltés, aux coups d’éclat, celui d’Honoré préfère les conversations intimes dans une baignoire, sur un lit, au téléphone. La plupart du temps, cela se passe de nuit, dans la quiétude d’une conversation de fin de soirée. On boit, on rit, on écoute de la musique pop entre garçons – les femmes tiennent des rôles secondaires.

On continue à s’attacher à une culture, à des livres, à un héritage, comme le montrent l’affiche de Querelle de Fassbinder ou les références littéraires (William Auden, Christopher Isherwood, Hervé Guibert, Bernard Marie-Koltès). La culture fait aussi partie du rituel de séduction. On revendique donc l’Art plutôt que le militantisme. Ceux qui nomment la maladie sont les autres. Il me semble que ni Jacques, ni Arthur, ni l’ami Mathieu (Denis Podalydès) ne prononcent le mot SIDA.

Légèreté et gravité

Le filmeur Honoré s’arrête longuement sur les corps qui se parlent et s’enlacent. Dans ses plans fixes que se partagent les acteurs, notamment celui très beau dans le bain entre Jacques et Marco (Thomas Gonzalez) se mêlent légèreté et gravité. Animés du besoin de vivre, les personnages ne se laissent pas déborder par l’aigreur alors que la vie leur en donne toutes les raisons. C’est allongés (comme sur l’affiche du film), filmés dans une tendresse complice qu’ils vivent pleinement. Où qu’ils se trouvent, en intérieur ou en extérieur, la photographie est tamisée. Elle donne une ambiance de fin de soirée. Les couleurs de la nuit enrobent le film d’une grande douceur. C’est le plus souvent la nuit qu’on peut aimer « au grand jour » !

J’avoue que j’avais décroché du cinéma de Christophe Honoré depuis Les bien-aimés (2011), trouvé particulièrement agaçant. La belle personne, adaptation de La Princesse de Clèves au lycée Henri IV m’avait en revanche charmé. Ce cinéma nourri de littérature et de Nouvelle Vague fonctionne… ou pas. L’aspect autobiographique fait que ce tendre Plaire, aimer et courir vite paraît moins fabriqué que les autres films du réalisateur.

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