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Drunk (Thomas Vinterberg)

Ce film qui s’intitule « bourré » ou « ivre » (Druk en danois) a plutôt l’alcool joyeux. Quatre amis, tous professeurs de lycée, décident pour donner plus d’entrain à leur vie de l’alcooliser raisonnablement puis de tester leurs limites en augmentant les doses. Le décor planté par Thomas Vinterberg, dont on se rappelle La chasse (2012) et Festen (1998), est celui du Danemark confortable des classes moyennes, habitant de belles maisons avec jardin, travaillant dans un cadre stable et protecteur. On aimerait en France avoir des lycées neufs et bien équipés comme celui où enseignent Martin (Mads Mikkelsen), Peter (Lars Ranthe), Tommy (Thomas Bo Larsen) et Nikolaj (Magnus Millang). Le besoin de s’alcooliser est en apparence un moyen d’échapper à l’ennui et à la monotonie d’une vie bien lisse.

Comme le montre la première séquence de Drunk, l’alcoolisme festif est l’apanage des jeunes au Danemark (pas que là-bas !). Filles et garçons s’adonnent à des marathons de biture. Se bourrer la gueule pour quatre hommes mûrs, c’est retrouver un peu de leur jeunesse perdue. La représentation qu’en fait le réalisateur est assez joyeuse même si le film prend vers son dernier tiers une teinte sombre. Les couleurs sont chaudes et témoignent d’une douceur de vivre à la nordique. Ils boivent beaucoup de bons alcools et de bons cocktails. La caméra tangue et donne aux séquences un mouvement de balancement fluide entre les personnages, très agréable à regarder. La musique est joyeuse comme la pop What a life de Scarlet Pleasure. Le film étant plus euphorique que triste, on se demande donc ce qui ne va pas.

Heureusement que la forme est joyeuse car le scénario part d’un matériau très convenu. Des mâles quadragénaires connaissent cette fameuse crise de la quarantaine, ils s’ennuient, voient leur jeunesse s’évanouir, leurs couples se fissurer. Ce n’est pas très original et dans cette configuration, les femmes ont un rôle minimal et peu valorisé. L’épouse de Martin s’agace, celle de Nikolaj menace de partir. La directrice d’école apparaît ponctuellement pour rappeler les règles. Derrière l’alcoolisme festif et grégaire, on devine le malaise viril dans une société égalitaire, normée et conformiste où les comportements sont scrutés et jugés. On se souvient que dans La Chasse, le personnage joué par Mikkelsen était accusé à tort de pédophilie par une petite fille soutenue par une directrice d’école et qu’il se retrouvait rejeté par sa communauté. Il y a un peu de cet esprit-là dans Drunk comme si les femmes ne pouvaient avoir leur part de malaise, comme si elles étaient en partie responsables du désarroi des hommes.

Autant la vision des femmes et du couple est stéréotypée, autant le portrait du pays semble sonner juste. Parler d’alcoolisme dans un pays où « tout le monde picole », c’est en soi intéressant. L’alcool est un révélateur. Il y a une angoisse diffuse dans Drunk qui semble au diapason des inquiétudes danoises. Les quatre hommes sont enseignants. Ils ont une mission valorisée par la société : transmettre du savoir et permettre à leurs élèves de réussir dans la vie. Ils se doivent d’être exemplaires dans leurs comportements sociaux. Ils se doivent d’être des bons professionnels et de bons parents. On comprend la pression que cela peut représenter, une pression égale à celle de leurs élèves devant réussir leurs examens. Les beuveries apparaissent comme conséquences naturelles de l’ambiance générale. Quand on s’ennuie et qu’on doit toujours être exemplaire aux yeux des autres, on finit par craquer. Bien qu’il entraîne des conséquences graves, l’alcool est vu comme un bon moyen de supporter le poids de l’existence, voire de stimuler ses capacités à vivre. Il permet in fine de reconsidérer sa vie en se posant la bonne question : « suis-je dans le vrai ? ». En bon révélateur, il donne à Martin l'occasion de retrouver une forme de vérité. Le philosophe danois Kierkegaard est cité au début du film, ce n’est pas étonnant. Il a écrit sur l’angoisse et l’expression de la vérité dans sa propre vie, ce que semble chercher le père de famille.

A la fois joyeux et un peu triste, Drunk effleure le malaise sans trop rentrer dedans. Il se garde d'effrayer son spectateur avec des images inquiétantes. Une personne alcoolique peut se révéler lourde et embarrassante et pourtant les quatre amis demeurent sympathiques et légers. Drunk est pareil : jamais glauque, toujours sympa et léger et par les temps qui courent, ça n’est pas désagréable.

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