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I feel good (Kervern & Delépine)

Le dernier film du duo Gustave Kervern et Benoît Delépine est gentil. Ce n’est pas méchant de le dire mais c’est étonnant de le constater. Avec ses bungalows et ses petites maisons, le centre Emmaüs dans lequel il se situe fait penser à un village d’enfants. Les couleurs y sont douces, le rythme est tranquille et aucune colère n’y couve. Le lieu est à l’image de Monique, sa gérante, dont Yolande Moreau livre une interprétation dépressive. Beaucoup de plans fixes illustrent une forme de statisme de l’endroit et des gens qui vivent du recyclage des produits de consommation. Sans doute faut-il y voir un reflet de la résignation qui englue les personnes qui y travaillent.

Bêtise hors sol

L’arrivée inattendue du frère de Monique, Jacques (Jean Dujardin), crée un léger big bang. Vêtu d’un peignoir, s’exprimant comme un petit patron revenu de Davos, Jacques détonne par son enthousiasme pour le capitalisme et les vertus du développement personnel. L’intrus décide de se lancer dans une affaire de chirurgie esthétique low-cost en Bulgarie à destination des pauvres. En libéral convaincu, il croit qu’un pauvre devenu beau gagnera en confiance et donc en réussite. Il croit qu'il gagnera beaucoup d'argent très vite. Sur le papier, l’idée est amusante mais fait-on de bons films avec de bonnes idées ? Dujardin prend le pouvoir et de scène en scène récite son catéchisme libéral ultra-con. Une allusion à « en marche » nous fait comprendre ce qui est visé : le pouvoir et ses discours managériaux. Au lieu d’adopter un style agressif et retors, les deux réalisateurs ont préféré une forme d’indifférence négligée, de moquerie en sourdine. La bêtise de Jacques est tellement hors sol, comme tous les discours libéraux sur les pauvres, qu’il n’est sans doute pas la peine de hurler. Il suffit de laisser Jacques et donc Dujardin en roue libre créer sa propre absurdité. Habillé de manière ridicule, l’acteur nous fait parfois rire, notamment quand il interpelle certains compagnons : « T’as un gros potentiel de séduction, hein ? Ça te dirait de sortir de ta chrysalide ? ». Son personnage est tellement déconnecté qu’on ne peut le détester, plutôt hausser les épaules. Mais le film est à l’image de son anti-héros, hésitant et toujours en attente de la prochaine bonne idée. Le rythme en pâtit et on se demande ce qu’il en restera.

Manque de mordant

Il a su se tailler une place parmi tous les films de 2018, sans doute par son ton original, plein de bonnes intentions. On ne peut que souscrire à l’admiration qu’il exprime envers l’Abbé Pierre. On ne peut que saluer la bienveillance envers les gens modestes. Mais tout ceci manque de mordant. Les possibilités collectives d’une lutte des classes n’étant pas réunies, on pouvait au moins imaginer un conflit entre le frère et la sœur. Les deux ne semblent pas évoluer dans le même monde et la complicité entre Yolande Moreau et Jean Dujardin n’apparaît pas. L’actrice joue un personnage hagard que le scénario développe peu. Les membres d’Emmaüs sont eux-mêmes très peu caractérisés. I feel good donne l’impression d’une bonne idée qui s’épuise un peu vite. Ce film est trop superficiel dans l’écriture de ses personnages.

L’héritage télévisuel grolandais des deux réalisateurs produit quelques situations absurdes et répliques cinglantes. Mais l’ambiance est plutôt à l’anesthésie collective. A desseins, le ton semble contaminé par l’époque : on se moque mais on accepte les choses. A l’image de ce monument construit à la gloire du communisme, l’utopie et la gauche sont en ruine. On ne peut s’empêcher d’être déçu. On ne doute pas des convictions du duo mais I feel good fait pâle figure à côté du Merci patron ! de François Ruffin. Ce dernier est sans doute moins poétique que leur film mais nettement plus allègre et révolté. Kervern et Delépine peuvent enterrer le communisme s’ils le souhaitent, c’est ce que la séquence bulgare laisse entendre, mais un peu moins de résignation et plus d’esprit de rébellion auraient fait du bien. On retient néanmoins un ton burlesque façon dessin animé un peu triste.

En DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 5 février – édité par Ad Vitam (sitepage Facebook)

Commentaires

  • Je suis assez d'accord avec toi. Sympathique mais ni très caustique ni très élaboré sur le plan de la réflexion et donc assez superficiel. Mais pas vain.

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