Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Marty Supreme (Joshua Safdie)

Les frères Safdie sont-ils attirés par les personnages qui ne parviennent pas à se fixer de limites? Il semble que oui. Avant Marty Supreme, on peut regarder sur Netflix Uncut gems, l’histoire d’un bijoutier new-yorkais addict aux paris, interprété par Adam Sandler. L’histoire est une succession frénétique de péripéties menant le personnage au désastre. Sur 2h30, on retrouve dans Marty Supreme cette même impression de course d’obstacle permanente, ce jeu du chat et de la souris qui ne s’épuise jamais, hormis dans les dernières minutes car il faut bien qu’il y ait une fin. Marty Mauser (Timothée Chalamet) ne souffre pas d’addiction ni d’une névrose autodestructrice qui le rapprocherait d’un personnage à la Scorsese. Il n’y a pas en lui de gouffre mortifère. Non, ce jeune homme juif élevé par sa mère désire être le meilleur en ping pong, sport peu reconnu aux Etats-Unis à l’époque. Doté d’un redoutable tempérament de vendeur, d’un culot et d’une confiance en soi inoxydable, il pourrait réussir dans les affaires mais il veut être le champion reconnu de son sport. Le film se regarde comme une compétition échevelée dans laquelle Marty enchaîne les épreuves personnelles comme autant de matchs à gagner. Il a un objectif en tête qui sera un fil conducteur de l’intrigue : pouvoir trouver l’argent pour participer aux mondiaux de tennis de table au Japon.

1952 aux Etats-Unis, c’est une période de croissance économique et de conformisme moral. La société américaine, plutôt puritaine, est pleine de freins pour les individus, de barrières sociales, raciales, morales. Or Marty Mauser n’est pas tout à fait un Américain en phase avec cette société, c’est un juif new-yorkais sans père qui côtoie des rescapés de l’Holocauste et dont le meilleur ami Wally (Tyler the creator) est noir. C’est un individu dont l’ambition et la liberté disent « merde » aux notions de bienséance et de limites à ne pas franchir. Marty n’a pas de père, pas d’autorité qui le surplombe et donc pas de surmoi. Ce décalage entre cet individu sans frein et cette société qui en fabrique constamment se manifeste dans certains éléments de la réalisation. Alors que les films des années 50 sont plein de variété d’époque et de doo-wop sortant des autoradios, la bande son surprend car elle est composée de tubes des années 80, époque chérie des popstars et de l’individualisme. On entend Forever young d’Alphaville ou The perfect kiss de New order qui donnent à la fois de la nostalgie et une dose de fun au film. De même le montage est au diapason de l’énergie juvénile du personnage. Il n’y a pas de temps mort donnant au personnage une occasion de réfléchir, pas de silence introspectif. La temporalité est brouillée par les péripéties qui s’enchaînent de manière rocambolesque. On pourrait critiquer ce côté légèrement mécanique et parfois un peu prévisible qui fait que quand Marty obtient quelque chose, un accroc arrive qu’il faut absolument surmonter.

Certains ressortiront épuisés aussi par les nombreuses engueulades qui émaillent le film, comme si dans le sillage de Marty chaque personnage devait crier et batailler pour arriver à ses fins. Le propos du film n’est pas d’une grande originalité. A travers le portrait d’un ambitieux on nous montre une société capitaliste dominée par les intérêts individuels. Chacun cherche à gagner quelque chose : Marty veut être la vedette d’un sport en devenir, Kay Stone (Gwyneth Paltrow) veut rester une célébrité, Rachel Mizler (Odessa A’zion) veut échapper à son mariage merdique etc. Cette accumulation d’énergies individuelles donne à Marty Supreme une tension électrique qui m’a néanmoins conquis.

On se souvient de Leonardo DiCaprio qui est devenu un acteur sérieux (à Oscars) et reconnu quand il a travaillé avec Martin Scorsese. Celui qui était une idole pour jeune fille grâce à Roméo + Juliette et à Titanic est devenu un acteur de composition avec Gangs of New York et The Aviator. C’est une vision sans doute simpliste. Comme pour DiCaprio, on a le sentiment qu’après Un parfait Inconnu (Mangold), ce Marty Supreme consolide la stature d’acteur crédible de Chalamet. C’est le golden boy du cinéma hollywoodien et je dois dire que son interprétation de Mauser, dépourvue de tics ou de manières, est une franche réussite.

Écrire un commentaire

Optionnel