20/11/2012

Après mai d'Olivier Assayas, tous les chemins sont ouverts

 

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On retrouve dans Après Mai d’Olivier Assayas ce mouvement qui caractérisait la mise en scène de Carlos (2010). A époque mouvementée, mise en scène du même calibre, pourrait-on dire. Courses poursuites entre lycéens et CRS, entre lycéens et vigiles, mouvement des rotatives, mobylettes et voitures lancées à toute vitesse, marches et déplacements incessants des personnages dans le plan et les lieux… malgré les pauses, les corps de Gilles (Clément Métayer), d’Alain (Felix Armand), Jean-Pierre (Hugo Conzelmann) ou de Christine (Lola Creton) sont sans cesse transportés, « mobilisés » par le mouvement révolutionnaire et contre-culturel du début des années 70. Ce n’est pas tant la vitesse qui est illustrée ici que la démultiplication des voies pour exister et agir, que ce soit au travers de l’action politique, de l’art ou du sexe.

Assayas ne décrit pas un âge d’or mais une époque où beaucoup de chemins sont ouverts, la question se posant de choisir le bon. A la différence de la nôtre, l’après mai apparaît comme une période sans freins (sans parents), où un jeune bourgeois peut voyager et rencontrer, proférer des slogans puis les critiquer, s’ouvrir à des pensées nouvelles tout en restant fidèle à un patrimoine, tomber amoureux de Laure puis de Christine. L’époque pose des questions de choix personnels. L’après mai est individuel plutôt que collectif. Cette vision-là est bourgeoise et ne manquera pas de susciter des critiques véhémentes sur le côté petit bourgeois du film. L’après 68 vu par un fils d’ouvrier ou de paysan aurait été beaucoup plus rugueuse. Une occasion de voir une autre réalité,  dissonante celle-ci, nous est d’ailleurs montrée quand Gilles et Jean-Michel rencontrent le jeune gaulliste sur lequel la bande a balancé un sac de ciment. On entrevoit soudain une autre jeunesse, à la vie plus dure, plus frustre, mais qui ne sera pas décrite. Cela dit, on sent par la mobilité permanente des personnages que l’époque offrait beaucoup d’échappées, y compris aux ouvriers. La voie de l’autogestion pour les prolétaires, la voie artistique et subversive pour les plus riches, ai-je envie d’interpréter. A voir d’ailleurs l’action militante des lycéens commencer dans le mouvement des rotatives clandestines qui crachent des tracts graphiques, s’exprimer par les graffitis et dans la peinture, se lire dans la free-press, Assayas donne le sentiment que ce mouvement révolutionnaire, avec son langage, sa typo, ses illustrations a eu plus à voir avec la création qu’avec des causes politiques lointaines, dont nous avons aujourd’hui perdu le sens et qu’il se garde bien d’éclairer. Les actions lycéennes partent d’ateliers, de caves, de lieux clandestins etc. Art et politique, s’ils se disjoignent à la fin, fulgurent des mêmes lieux emplis d’agitation révolutionnaire. Gilles qui brandit Tout !, le journal de VLR (Vive la Révolution), mouvement maoïste et libertaire qui dura de 1969 à 1971, est de cette double appartenance, politique et artistique.

Le réalisateur ne fait pas mystère des aspects autobiographiques du film. Gilles, c’est lui jeune.  Gilles choisit l’art plutôt que l’action politique clandestine. Gilles ne semble pas croire en ce cinéma gauchiste dont l’audace réside plus dans la parole donnée aux opprimés que dans une syntaxe nouvelle. Gilles choisit au final l’Art plutôt que la table rase politique (le chemin pris par Jean-Pierre), l’Art plutôt que l’ivresse autodestructrice (le choix de Laure). C’est la vision panoramique des possibles et la lente éclosion d’un artiste que je retiens d’Après mai, plus que la substance des personnages ou l’intérêt romanesque. Le film a ses défauts : multipliant les personnages et les fils narratifs, il se dilue à mesure qu’il avance, faute de ressorts dramatiques, et tarde à trouver une conclusion. Le récit aurait gagné à être resserré, quitte à sacrifier des personnages. A côté de Gilles, les autres jeunes sont caractérisés à trop grands traits. Ils sont des figures creuses et distantes qu’Assayas ne remplit pas, les incarnations un peu plates de possibles différents. Paradoxalement, c’est le souvenir de Laure (Carole Combes), muse hippie, présence éthérée, amour idéalisé qui me reste au-delà du film. Un personnage si fantasmatique et fantomatique qu’il en devient le symbole de cette époque trouble.

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